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03.06.2011
Morceaux exquis rue Récamier
Il s’en passe de belles dans le sixième! Chose vue carrefour Croix-Rouge, autrement dit place Michou-Lapin. Un petit canaillou n’a pas craint d’escalader le gros bourrin en bronze qui exhibe là ses phallocratiques avantages pour aller lui planter sur la tête un turlututu détourné de la circulation. Passant par là pour me rendre au déballage de livres place Saint-Sulpice, je n’ai pas pu empêcher mon chéri-que-j’ai d’immortaliser avec son kodak cette customisation sauvage.
Il faut disait Victor Hugo «mettre un bonnet rouge au dictionnaire». Il n’est pas mauvais non plus de mettre un chapeau de sorcière aux commandes de l’état qui s’imaginent qu’il suffit de fourrer un balai mécanique dans le derrière d’un poncif de la mythologie antique la plus machiste pour en faire un chef d’œuvre de l’art urbain contemporain.
Un peu plus loin, chez Rachida, c’est une autre chanson. La mairesse a de la chance puisque son arrondissement abrite la charmante sous-station de la rue Récamier, une confortable impasse qui prend des allures de chaise-longue en ces temps caniculaires. Il ne se fait plus d’électricité au numéro 6. La sous-stat est devenue l’Espace Fondation EDF.
S’y déroule en ce moment et jusqu’au 25 septembre 2011 une expo qui a l’avantage de faire sortir des caisses marseillaises où ils étaient enfermés quatre centaines d’objets provenant pour l’essentiel du défunt (snif, snif!) Musée des Arts et Traditions Populaires.
Si vous n’avez pas eu la chance de connaître cet établissement vénérable du temps où il crèchait dans le Bois de Boulogne, allez voir cette expo intitulée Morceaux exquis.
Bien que le joyeux mélange, choisi pour animer, autour du double thème du corps et des proverbes, les vitrines consacrées aux divers morceaux (nez, bouche, œil, ventre, peau, poils etc.), aurait sûrement fait bondir son fondateur Georges-Henri Rivière, mort en 1985.
L’année même où naquit le Centaure de César dont je vous causais plus haut! Si vous êtes comme les blés (fauchés), allez-y aussi. C’est gratuit. Et le catalogue coûte que 10 €.
C’est pas si fréquent pour une expo de qualité où vos moutards aimeront caresser les fesses d’une noix de coco et vous poser des questions embarrassantes sur la Fanny qui montre son postérieur sur une plaque émaillée ou sur Gina et ses trois lolos.
Coll. MuCEM, Paris/Marseill © Christophe Fouin
Je vous en fais pas des tonnes parce qu’il y a un dossier de presse. Impresssionnable comme je suis, j’ai été surtout conquise par une poupée d’envoûtement venue de Talence en Gironde en 1960. J’en fouette encore. Elle vaut à elle seule le déplacement.
Coll. MuCEM, Paris/Marseill © Christophe Fouin
Mais j’ai revu avec plaisir des objets sculptés par Xavier Parguet (ou Parguey?), dit Le Zouzou, sculpteur sur bois de Vuillafans dans le Doubs, jadis célébré dans le Fascicule 5 des Publications de l’Art brut.
Coll. MuCEM, Paris/Marseill © Christophe Fouin
J’ai regoûté aussi aux beautés candides des pierres sculptées par Fernand Duplan qu’on admirait autrefois au Petit Musée du Bizarre à Lavilledieu en Ardèche. Ce Fernand Duplan dont on sait peu de choses, si ce n’est ses dates (1899-1976) et son pays : Ruoms.
Coll. MuCEM, Paris/Marseill © Christophe Fouin
Après ça j’étais mûre pour une petite balade dans le square Roger Stéphane qui sent le jasmin et qui sait délicieusement se faire oublier à deux pas de la ronflante rue de Sèvres.
23:55 Publié dans Expos | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : art brut, art populaire, atp, xavier parguet, fernand duplan, petit musée du bizarre |
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01.06.2011
L’œuvre secrète de Lucy Vines
Attention! Ceci n’est pas de l’art brut! L’auteur de ces figures hors du temps, qui émergent silencieusement du noir ou y retournent, vit dans un milieu d’artistes et d’écrivains. Pas de l’art brut donc, ces dessins de petit format, réalisés au crayon Comté sur papier grené.

Pas de l’art brut mais ça mériterait d’en être. Du moins entre eux et lui n’y a-t-il pas incompatibilité. Il est même extrêmement troublant de voir comment, avec des moyens qui sont ceux de la culture, Lucy Vines parvient à s’approcher du foyer incandescent où l’art brut se consume.
Cette Américaine de Paris, qui n’est plus -loin s’en faut- une jeune fille, voit ses œuvres exposées jusqu’au 13 juillet 2011 à la Maison de l’Amérique latine, 217 boulevard Saint-Germain. Je ne la connais pas car c’est je crois la première fois qu’on voit son travail à Paris. Et jusqu’à une date récente (expo à la Fondation Morat à Fribourg-en-Brisgau en 2005-2006 et à l’Ecole des Beaux-arts de Nîmes en 2007) il était même resté secret.
Secret, on n’imagine pas ça aujourd’hui! Pourtant seuls quelques happy-few avaient accès à ces images sans clé ni serrure et ils échouaient jusqu’à présent à convaincre Lucy de les montrer. Voilà qui est fait maintenant et il ne faut pas manquer l’occasion. Un livre-catalogue accompagne l’exposition. Avec 4 études critiques par Homero Aridjis, Alain Madeleine-Perdrillat, Jean-Paul Michel, François Lallier.
Ils vous diront mieux que moi tout ce qu’il y a à savoir sur les traits aux circonvolutions chaotiques, sur l’absence de décor et d’accessoires, sur la lumière orangée et diffuse (comme dans la peinture de Georges Seurat) qui caractérisent la manière de Lucy Vines. Il faut de bonnes plumes pour appréhender cette œuvre intimiste, fragile et mystérieuse, dépourvue d’intentions de fantastique, sans besoins de recours onirique trop évident.
Aussi j’y renonce. D’une manière plus terre-à-terre, je dirai que Lucy Vines me fait penser à La Petite fille aux allumettes de Hans christian Andersen. Ses figures poreuses, un peu mangées de nuit, ont l’air d’être saisies pendant le court instant de lumière procuré par la combustion d’un bâton soufré
Détails supplémentaires mais qui ont leur prix : Lucy Vines se tient à l’écart du monde des galeries, elle livre peu de choses de sa vie car elle ne désire pas que sa biographie influence notre interprétation de son œuvre. De quoi faire une exception, non? Ouvrez les yeux, fermez les yeux : c’est Lucy Vines.
Les photos, extraites du catalogue, sont de Michel Nguyen .
12:11 Publié dans Expos | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : lucy vines |
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