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29.06.2015

Caché dans la maison des fous

Vive la Procure! C’est les meilleurs. Les meilleurs libraires s’entend. Je venais d’écumer sans succès le Quartier Latin pour trouver le dernier Didier Daeninckx. Confetti, ballons et bonne humeur, j’étais tombée dans la Gay Pride. Emportée par le tube des Rita Mitsouko : «et quand tu ris, je ris aussi». 

Le temps de m’en extraire et de couper à la fièvre acheteuse d’un samedi de soldes et il était là dans mes mains ce Caché dans la maison des fous. Un bouquin qui urgeait pour moi depuis que, sur Le Canard enchaîné d’un papy du métro, j’avais looké l’article de Frédéric Pagès en rendant compte : Contre toutes les camisoles.

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Latin, Procure, Marcia Baïla, fierté et tromé, vous allez dire que je me vautre dans «la déconniatrie». Mais comme le dit le psychiatre François Tosquelles dont les propos sont rapportés par Daeninckx : «Déconne, déconne mon petit [ou ma petite]! Ça s’appelle associer. Ici personne ne te juge, tu peux déconner à ton aise.» Francesc Tosquelles j’ai déjà eu l’occasion de vous en parler dans ma note du 6 juin 2007 (suivez les liens, ils sont encore actifs).

Et j’ai déjà évoqué aussi (voir mon post du 14 avril 2013 sur Les Ateliers de Montfavet) Lucien Bonnafé. Tous deux travaillaient pendant la guerre à Saint-Alban en Lozère. S’acharnant à inventer une psychiatrie plus humaine. Faisant des pieds et des mains pour empêcher leurs malades de crever de faim. Exerçant en outre des activités de Résistance.

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Saint-Alban c’est l’asile où Auguste Forestier avait installé son atelier. Il y produisait «des crêtes, des ailes, des mains, des bras, des formes (…) décoratives» qu’il assemblait ensuite pour en faire les rois, les chevaux, les militaires, les bêtes de son Gévaudan personnel. Cela intéressait Paul Eluard qui se réfugia là des mois durant avec Nush, sa compagne. Dès le printemps 1944, Jean Dubuffet découvrira sur leur cheminée une sculpture de Forestier ramenée de Saint-Alban.

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Dans une langue limpide où l’information documentaire n’est jamais lourde, filtrée qu’elle est par un sens aigu de l’existence, Didier Daeninckx nous restitue l’ambiance de cette époque et de ce lieu où l’art brut prit sa source. Comment ? Par l’intermédiaire de Denise Glaser, une personnalité qu’on est un peu surprise de
trouver là.

 
Denise Glaser, mon daddy se souvient avec émotion de son écoute et de ses silences quand elle interviouvait des vedettes de la chanson aux temps héroïques de la télé. Jeune, résistante, refusant l’étoile jaune, elle dut se cacher en 1943 à Saint-Alban.

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didier-daeninckx-DR.jpgDaeninckx imagine les rencontres entre le poète, sa muse, le sculpteur fou, la future présentatrice, les psychiatres et leurs épouses. Les rencontres et les conversations. L’écrivain n’hésite pas en effet à dialoguer les scènes comme s’il y avait assisté. Nous y participons avec lui.

Caché dans la maison des fous publié par les Éditions Bruno Doucey n’est pas destiné à rester sous le boisseau. Se le procurer vite par conséquent.

14.06.2015

Pan dans L’Œuf !

Avec L’Œuf c’était fatal. Un jour il devait atteindre la douzaine. C’est chose faite. Claude Roffat, l’infatigable (quoique fataliste) animateur de cette revue qui persiste depuis 25 ans à proposer «un autre regard sur la création», réussit l’exploit de nous donner la cerise sur le gâteau d’une collection déjà collector.
Ce numéro 12 de L’Œuf sauvage qui sort de sa coquille au printemps 2015 s’avance paré des plumes qui ont fait la réputation de ses 11 prédécesseurs. Beau papier couché, visuels couleurs attrayants, typographie soignée au petit poil. Quant au contenu, le choix de Roffat tricote des influences qui se sont toujours équilibrées dans la revue : l’art brut et ses faubourgs, l’expressionnisme, le surréalisme, la fantasmagorie singulière, l’art populaire, la critique du pire.

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Ce qui se traduit sur la couverture par un kakémono énumérant le nom des artistes célébrés : A.C.M. et ses cités oxydées, Denis Pouppeville le funambule des couleurs, Bernard Pruvost, un début d’incendie dans la prunelle, Jean Benoît le mystère en plein soleil, Pierre Martelanche la cabane idéale du vigneron, Nicole Esterolle De la dictature de la bouffonnerie en art contemporain.

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J’avoue qu’avec mes œillères animuliennes, ce sont les sculptures-architectures «en chatoyants haillons de dentelles métalliques et oxydées» d’A.C.M. que j’ai tendance à mettre au top. Elles sont l’objet ici d’une visite de Jean-Louis Lanoux qui, avec Béatrice Steiner, avait, dès 1999 dans la revue Création Franche (n°17) attiré l’attention du public sur ce créateur d’exception.

Selon vos péchés mignons, vous apprécierez aussi le «climat de brume et de grésil (…)» de la peinture «à la tonalité flamande ou nordique» de Pouppeville, évoquée par Joël Gayraud.

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Les calaveras de Benoît dont la morbidité érotique plutôt chiadée me fait penser à Félicien Rops.

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«L’anatomie kaléidoscopique» de Bernard Pruvost. L’idéal républicain incarné dans les terres cuites de Martelanche. Le revigorant vitriol de la prose nerveuse d’Esterolle, au Schtroumph émergent duquel il m’est arrivé d’emprunter (voir ma note scato du 23 septembre 2013). Les fans de Nicole savent déjà qu’elle vient de sortir un bouquin de juteuses chroniques.

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J’oublie personne ? Si. Roffat of Marseille se souvient de ses origines foréziennes. L’article sur Pierre Martelanche, il l’a confié à Jean-Yves Loude et Viviane Lièvre, écrivain et photographe, ethnologues tous deux. C’est au cours d’une dérive ânière dans la région de Roanne pour la rédaction d’un livre qu’ils ont succombé au charme de l’œuvre du créateur populaire.

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Roffat qui, sous ses allures de vieil enragé, aime le beau langage a reçu par ailleurs le concours d’un autre écrivain : Lionel Bourg, ici chantre de Pruvost. A toute princesse tout honneur, je n’aurais garde d’oublier Marine Degli. Cette collaboratrice de Jacques Kerchache, initiateur du Musée du Quai Branly, apporte à ce numéro, outre son admiration pour l’épistolier Jean Benoît, un discret parfum primitiviste.

Le douzième Œuf Sauvage est en vente chez Béatrice Soulié et à la Librairie de la Halle Saint-Pierre.

07.06.2015

Caroline’s day à la Fabu

D’ici à Dicy, il n’y a guère. Et ce guère fut franchi en car le 30 mai 2015. Un autocar affrété par la Fabuloserie pour la Journée Caroline.

Mémorable samedi d’avant chaleur! Avec les visiteurs de cette collection de plein air, il ne cessa de jouer à un, deux, trois, soleil. Le ciel leur vaporisant malicieusement des gouttes à la façon de Pierre Avezard arrosant les spectateurs de son manège.

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Ambiance studieuse durant le trajet. Le paysage n’était pas folichon.

Les têtes se penchèrent sur les dossiers de presse dont on nous avait pourvu.

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Ou s’abîmèrent dans la conversation avec des airs cinématographiques qui faisaient penser -lunettes noires aidant- à Marcello Mastroianni et Anouk Aimée.

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Arrivé rue des Canes,

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le gros de la troupe des pélerins se fit désigner le lieu du rendez-vous pour le retour : un petit square Nek Chand à se mettre à genoux devant.

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Puis tout le monde s’égailla. Non sans avoir bisé 14 fois Agnès et Sophie Bourbonnais, plus Déborah Couette, organisatrices de l’événement. En attendant les festivités officielles chacun se bricola ensuite son programme de variétés perso.

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Qui s’offrant un p’tit tour dans la collection permanente dont l’accochage était renouvelé pour l’occasion. Qui cherchant son âme d’enfant dans le petit train de Marshall.

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Qui préférant le carrousel et les baraques de Petit Pierre.

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Qui se précipitant dans l’expo Des jardins imaginaires au jardin habité (Des créateurs au fil des saisons)

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où l’on retrouvait des personnages connus : un couple de Marcel Landreau,

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la Blanche Neige de Charles Pecqueur près de son créateur sur une ancienne photo.

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J’optais pour ma part pour le tour de lac que Caroline Bourbonnais ne manquait pas d’effectuer chaque jour.

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Saluant au passage ses coqs et ses poules,

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ses zèbres et ses éléphants,

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l'élan d’Alpo Koivumäki documentés maintenant par de commodes cartels.

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Laissant derrière moi l’îlot aux vire-vent

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pour cingler vers l’atelier d’Alain Bourbonnais.

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Bien sûr je m’attardai au passage à papoter avec Claude et Clovis Prévost, avec Doriane la petite-fille de Gaston Mouly, avec Marie-Rose Lortet, ici près de Loli.

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C’était déjà le temps des discours. Ceux de Sophie et d’Agnès.

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Sans nostalgie mais avec une émotion qui rendait toute sa présence à leur mère.

Celui de Déborah dont le vent tournait les pages. Un speech aimable de madame Vuillermoz, le maire de Dicy, couronna le tout. Avant que l’ange Francis ne s’empare du micro.

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Parmi les auditeurs attentifs, le peintre Pierre Della Giustina.

Dans un texte publié dans le livre collectif accompagnant cet hommage à Caroline Bourbonnais, il précise le rôle décisif qui fut le sien dans la restauration du manège d’Avezard. C’était nécessaire.

 

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«Un matin d’août, Caroline Bourbonnais a oublié d’ouvrir les yeux» a dit sa fille Agnès. Tous ceux qui étaient dans l’assistance ce jour là et tous ceux qui auraient aimé y être ne sauraient cependant oublier le regard de sa mère.

27.05.2015

Les murs aussi ont des cicatrices

Avec toutes ces histoires de chirurgie esthétique durant le Festival de Cannes c’était fatal que votre petite âme errante ça lui fasse penser aux cicatrices. Comme souvent un livre est venu au devant de ses préoccupations. Et comme le mistral souffle où je suis pour le moment c’est du sud-est que ce bouquin sur les graffiti de prison est tombé dans mes petites mains pleines de confiture. Il a 10 ans déjà et ça m’étonnerait pas qu’à vous comme à moi il soit passé inaperçu. Et pourtant il mérite encore son coup de projecteur ce Cicatrices murales.

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Publié à Grenoble par le Centre Alpin et Rhodanien, c’est en fait un copieux numéro d’une revue régionale d’ethnologie réalisé sous la direction de Joël Candau et Philippe Hameau. Ça vous dit rien sans doute. A moi non plus, ignorantine que je suis.

img897.jpgPas plus que les noms de la douzaine de têtes chercheuses qui relatent ici leurs explorations d’une dizaine de lieux de détention de la Drôme et du Var avec petits détours dans le Bas-Aragon et dans une cour de l’ex Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie à Paris.

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Impossible de vous délayer à la petite cuiller le contenu de ces articles savants mais pas barbants. Tout ce que je peux vous dire c’est que pour du jus de cervelles, celui-ci est plutôt digeste car Cicatrices murales est écrit en français clair et net (si vous me croyez pas, vous avez qu’à l’emprunter à la bibliothèque).

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Et même pour ceux qui se sentiraient pas le courage de se gaver avec des textes, le feuilletage de ce bouquin réservera quelques bonnes rencontres avec des images dont je résiste pas à parsemer ma chronique.

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«En s’accumulant, ces inscriptions font de l’espace carcéral le lieu de mémoire d’individus qui n’ont rien d’autre à partager que leur enfermement» nous dit très justement la quatrième de couverture. Vous aurez compris que c’est ce qui en fait la force.

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18:25 Publié dans art brut, art naïf, Glanures, Images, Lectures | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : graffiti | |  Imprimer | | Pin it! |

04.05.2015

Du pinard sur le tapis

Vous allez croire qu’avec ma sobriété légendaire (à peine 2 doigts de champ. dans les vernissages) j’ai passé aux oubliettes la question pinard. Avec Giraud c’est fatal le sujet revient vite sur le tapis.

Le catalogue du Sandre évoqué précédemment contient d’ailleurs en postface un sympathique texte de souvenirs de Pierre (?) un ami de Bob qui traite des divers bistrots qu’ils fréquentaient de concert.

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Un verre de Chinon aux Négociants à qui sera capable de me dire qui est Pierre!

En attendant contentez vous de cet incroyable papillon rouge épinglé dans le catalogue sandrique.

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Et puisque je suis dans la publicité, je résiste pas au plaisir pervers de vous mettre sous les yeux ce buvard issu d’un autre très remarquable catalogue.

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Celui du londonien Sims Reed consacré à Jean Dubuffet. Une merveille d’impression.

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11:20 Publié dans De vous zamoi, Glanures | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : robert giraud, jean dubuffet, sims reed | |  Imprimer | | Pin it! |

27.04.2015

Richardo fait le gros dos pour Giraud

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Richardo a bon dos.

65 ans après la sortie de Les Tatouages du «Milieu», le livre qui fit connaître «l’homme le plus tatoué du monde», celui-ci prête encore ce dos pour faire la couverture d’un catalogue de libraire.

 

«Je ne sais pas de lecture plus facile, plus attrayante, plus douce que celle d’un catalogue» disait Anatole France, une vieille barbe chahuté par la caillera surréaliste.

Si celle-ci n’avait pas tort, France l’amoureux des beaux livres avait raison sur ce point. Je suis comme lui. Dans les Salons du livre, je remplis mon baise-en-ville.

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S’ensuit une semaine de délices à parcourir, dans l’autobus ou en attendant que mijote mon beurre blanc, des centaines de pages où se pavanent des bouquins pas possible que je pourrais jamais me payer. C’est super les catalogues! On saute d’une notice à l’autre et on se cultive tout de traviole. Le pied! Et puis de temps en temps on en sort un du lot et on se gargarise avec.

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C’est le cas avec cette quatrième mouture de la Librairie du Sandre consacrée -heureuse surprise- à Monsieur Bob et à ses copains d’avant : Jean-Paul Clébert, Michel Ragon, Jacques Yonnet, Albert Vidalie

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J’en passe et des Richardo puisque Guillaume Zorgbibe, le jeune papa du Sandre (un poiscaille de choix pour les pêcheurs en eaux littéraires) nous propose des photos-promo et des lettres pas piquetées des hannetons du personnage immortalisé par Robert Doisneau. Non content d’avoir un nom épatant qui dans un alphabet ferait bouquet final, Zorgbibe Guillaume ressemble un peu à Paul-Jean Toulet.

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Circonstance aggravante, il sourit tout le temps et il reçoit courtoisement, ce qui n’est pas banal pour un éditeur. Car G.Z. cumule les activités de libraire pointu et celles d’éditeur d’auteurs choisis, avec élégance et raffinement, dans les jardins peu fréquentés du 19e siècle surtout.

Mais je m’égare, je me noie. Revenons à la rive et à mes dérives favorites qui sont celles de l’art brut. Parmi de goûteux titres classiques : Enchanteur limousin de Michel Tapié, Les Inspirés et leurs demeures de Gilles Ehrmann, L’Enfant chandelier par Bob, le catalogue Giraud du Sandre brasse des perles rares et des pépites inconnues. Au rang des premières, il fo ranger 5 encres originales de Pierre Giraud, le frangin de l’autre. Sur cet artiste voir mon post du 15 mars 2007.

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Au rang des secondes, j’ai choisi ce numéro de la revue Osmose où sont réunis R.G. et Gabriel Pomerand qui copinèrent pour La Peau du Milieu, le film avec lequel je vous pris la tête le 31 mars dernier.

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Mais ce que j’adore, ce que je préfère c’est un méchant papier «imprimé à l’encre marine sur papier couleur chair». Le carton d’invit à la Nuit du tatouage organisée en 1950 pour la parution du livre de Jacques Delarue et Robert Giraud cité dans la première ligne de cette chronique qui n’a que trop duré.

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24.04.2015

Le comte de Tromelin se trouve au Salon

On peut dire ce qu’on veut mais le monde est bo. Et la découverte extraordinaire. Il suffit d’aller la chercher. Où? Au Grand Pal ce ouikène. Jusqu’à dimanche 26 avril 2015 à 20h. L’événement c’est le Salon international du Livre rare & de l’Autographe.

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Vous pourriez me dire que c’est pas votre truc de vous vautrer dans la Culture avec un grand cul. Qu’en guise de lecture vous vous contentez des rézos socios. Vous auriez tout faux. Ce salon des beaux bouquins de collection n’est pas qu’une affaire de thune. C’est aussi du fun. A chaque coin d’allées on y a des rencarts avec de super images qui sortent pas toutes des vieux grimoires d’un film d’aventures médiévales de série B.

Celles de Tromelin, par exemple. The comte de Tromelin himself. J’espère que ce nom là résonne comme un tambour dans vos mémoires animuliennes. Sinon propulsez vous vite fait sur mon post du 2 mai 2010 titraillé Mirsky appelle Tromelin. Tromelin c’est le genre de gus dont on désespère d’avoir des nouvelles quand on est comme moi une fondue de la Chose brute. C’est miraculeux que des infos sur lui et à fortiori des œuvres de lui apparaissent sur le marché.

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Du diable si je m’attendais donc à le rencontrer là sur le très chicos stand de Pierre Saunier      (A8 sur le plan). Pour ceux qui savent pas, je rappelle que  P.S. s’est fait connaître par sa sympathie pour le devil symboliste.

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Sa capacité de chineur et son goût de l’éclairage des beautés obscures l’ont mené ensuite à l’exploration tout azimut de territoires gromantiques, surréalistes, avant-gardistes vierges ou méconnus. C’était donc fatal que le catalogue de ce libraire-esthète, pas plus bavard que Félix Fénéon mais de plume acérée comme l’était ce grand écrivain et/ou marchand d’art, s’ouvre aux merveilles de l’art brut. Sous les numéros 129 et 130 de celui du salon qui s’intitule C’est les bottes de 7 lieues (clin d’œil au poète Robert Desnos), le flirt est même poussé très loin.

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Nous est proposé un dense et grouillant dessin original de Tromelin à la mine de plomb sur «papier épicerie fine» et daté de 1904. Bluffant de chez bluffant! Un méli-mélo crépusculant et vertigineux, plus qu’envoûtant : terrible et délicieux.

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Ce dessin est précédé d’un attrayant et conséquent paquet comprenant 62 photographies inédites représentant des dessins médiumniques résultant d’une fièvreuse activité tromelinesque datant de la période 1902-1909.

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Ces photos sont annotées et légendées (sur le fond cartonné où elle sont montées) par le Capitaine Quenaidit, «premier admirateur fervent» de Tromelin dixit Pierre Saunier.

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Si, comme votre petite âme errante, vos moyens économiques ne vous permettent pas de vous aligner pour l’acquisition de ces deux jolis lots, consolez vous en achetant le catalogue PS. Il est parfaitement documenté et facile à identifier avec sa couverture au collage de Prévert. Que vous soyez collectionneurs, simples amateurs d’art brut ou institutionnels concernés par le sujet, vos archives s’en trouveront bien.

14:45 Publié dans art brut, Expos, Images | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : comte de tromelin, pierre saunier, salon du livre rare, grand palais | |  Imprimer | | Pin it! |

18.04.2015

Dragées, Idéal et Frénousie

Envie d’un selfie? Souvenir d’excursion? Séance de pose en habit un jour de cérémonie?

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Faites comme eux.

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Photographiez vous ou demandez qu’on vous tire le portrait devant les monuments de l’art brut!

En compagnie de vos amis, de vos groupies, de vos zombies.

Avec votre binôme, votre colocataire ou votre copain de régiment.

Avec votre petite sœur ou votre tonton Pomme-de-terre si ça vous chante.

Animula publiera les meilleurs clichés. En attendant voici, sorti tout chaud de son album perso, un mémorable tirage la représentant frénousant de concert avec son daddy dans le jardin de Robert Tatin.

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Et si d’aventure vous décidiez de déposer, sur la langue du dragon de ce petit dieu de la Mayenne à l’ouvrage, une de ces dragées au poivre bénit qui datent de votre dernière communion, ne vous gênez surtout pas! La tendance est à la dévotion.

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Bientôt l’Ascension!

15:41 Publié dans art brut, Expos, Sites et jardins | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ferdinand cheval, bruno decharme, antoine de galbert | |  Imprimer | | Pin it! |

12.04.2015

Louis Pons fait sa mise en plis

Mes peintres préférés sont Érik Satie

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Lewis Carroll

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Alfred Jarry

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Ce n’est pas moi qui le dit c’est Louis Pons. J’ai déniché cette sémillante phrase dans les profondeurs d’un plus tout jeune catalogue du Point Cardinal.

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louis pons 2.jpgAvouez qu’elle monte à la tête! Reliefs, objets, assemblages, écrits, dessins, les œuvres de cet artiste octogénaire (mais on ne dirait pas) ont toujours ce pouvoir d’entraîner l’esprit vers des voies surprenantes et des sentiers de traverse lumineux. Par la manière unique qui est la sienne de pincer les cordes de notre sensibilité.

Quitte à faire grincer la harpe existentielle. On rêve de Pons. On digère Pons. Pons nous gratte la peau de l’âme. Bon, on ne présente pas Pons. Il est trop connu pour que je me donne ce ridicule. Lisez par exemple ses souvenirs sur Joë Bousquet transcrits par Alain Paire. Quant à ce que Polysémie dit de son actuelle exposition dans la galerie du même nom, je ne vous le copierai pas.

Je laisse ce genre de facilité à cette Suzon Grisou qui, dans la blogosphère «brute», abuse du droit de citation en se faisant duplicatrice de communiqués qu’elle n’a pas écrit. Je préfère penser que vous êtes capables de suivre un lien. Et bien assez fines mouches pour distinguer le réchauffé au micro ondes de la cuisine maison mitonnée par Animula.

«Repos, vous pouvez fumer!» comme dit mon martial daddy quand il sent qu’il faut passer à autre chose. Sans me laisser défriser davantage, je reviens donc à Snop.

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A Pons si vous aimez mieux car il lui arrive de signer à l’envers. A Louis Pons et à la poste. A ce noble moyen de communication, il semble que Pons ait été depuis longtemps associé. En 1971 déjà le catalogue mentionné plus haut offrait au lecteur des reproductions de ses oeuvres sous forme de cartes postales détachables.

Quiconque a eu l’occasion d’approcher l’artiste dans un vernissage sait qu’il sacrifie de bonne grâce au rituel des dédicaces. La correspondance n’est pas pour lui faire peur. Même s’il est vraisemblable qu’il doive se ménager aujourd’hui. Ses missives, même courtes, sont toujours empreintes d’originalité un peu désespérée, d’humour décalé, d’absurde philosophique.

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Dans le cadre étroit permis par le format des enveloppes, il aime enfermer ses oiseaux désarmés, ses personnages rétrécis, ses hybrides plus ou moins bien articulés. Une humanité touchante, vaguement délirante, irréelle et aléatoire. On appelait ça du mail art. Polysémie préfère dire : art postal. Cette francophonie est tout à son honneur. Jusqu’au samedi 9 mai 2015, la galerie Polysémie se consacre à cette facette de l’art de Louis Pons. 100 dessins et des pensées. Réunis sous le titre : Mise en plis. Dans la ville natale de l’artiste. A Marseille.

08.04.2015

Pol Jean encadré

Pol Jean on ne sait pas où le mettre. A Pol, à Jean? On l’ignore. C’est comme Gabriel Albert (au fait que devient-il celui-là ?). Allez vous y retrouver avec ces patronymes composés de deux prénoms! Et pour peu que les créateurs qui les portent exposent simultanément dans deux coins différents, on s’y perd. Mais c’est très bien comme ça quand, par chance, les dits-créateurs ne sont pas faciles à cerner. Ou qu’il faut un chausse-pied pour les faire rentrer de force dans la catégorie artistes.

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Pol Jean n’est pas un artiste. Il pourrait être mieux que ça. La preuve? Ses images qui ne se laissent pas univoquément fourrer dans la case de l’Art avec un grand tas. C’est bien qu’on hésite sur la classification d’une œuvre et celle de ce jardinier passionné possède ce pouvoir.
J’avoue que je ne me suis pas sentie très convaincue par le visuel fourni par le Musée de la Création Franche (encore lui) qui expose du 17 avril au 7 juin 2015 les dessins de cet homme souriant qui se passe parfaitement de la parole pour s’exprimer.

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Le malaise peut-être de ce masque cynocéphalo-carnavalesque planté sur un corps bourgeonneant ramassé pour bondir au devant du spectateur?

Puis j’ai reçu la nouvelle de l’ouverture de la Deuxième Biennale de l’Art Partagé à Saint-Tojan dans l’île d’Oléron (du 18 avril au 17 mai 2015).

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Il faut hélas aller vite et mon regard a glissé sur les reproductions proposées. Non sans s’arrêter sur un drôle de profil rouge enchevêtré à la Dwight McIntosh (Seuls les gens dépourvus d'imagination me diront qu'il s'agit d'Obelix).

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«Pas mal, la banane!» ai-je pensé devant la coiffure gaufrée du personnage. Ça m’a donné envie d’en savoir plus. En fouillant dans mon fourbi, j’ai retrouvé cet oiseau au vol lourd qui m’avait fugacement impressionnée quand j’avais mis mon nez naguère dans le catalogue Visions et créations dissidentes de 2011.

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portrait pol coul.jpgLe travail de Pol Jean est encadré maintenant par un Atelier Campagn’art du village de Neufvilles (dans la région de Soignies) exerçant au sein du Centre Fabiola (un nom de reine belge). Un lieu où l’on sait faciliter la vie des personnes attachantes et fragiles comme lui. Il est possible que ça se devine.

Ne serait-ce que dans la profusion des moyens colorés (crayons, feutres, peintures acryliques, craies grasses) mis à la disposition de Pol Jean. Il faudrait vérifier si les anciens dessins de Pol Jean ne se contentaient pas de recettes monochromes.

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Car le fait biographique intéressant dans le parcours de cet homme de 63 ans c’est qu’il n’est nullement le produit de l’art-thérapie. Ni même le représentant d’une quelconque activité plastique institutionnelle. Son «art», il se l’est forgé tout seul. C’est une péripétie de santé, mettant brutalement un bémol à son énergique travail horticole, qui permit de découvrir que, dans la discrétion de sa chambre, il se livrait depuis longtemps à une activité de dessinateur solitaire.

01:21 Publié dans De vous zamoi, Expos, Images | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art brut, art-thérapie, art partagé, création franche, pol jean | |  Imprimer | | Pin it! |