13.05.2012

Dématérialisation du V

démat.jpgTrop de papiers chez moi. Je froisse, je jette, je déchire, je dématérialise à tour de bras. J’ouvre de nouvelles fenêtres, je crée des dossiers. Je scanne des trucs zarbis qui tombent de l’air du temps.


Tel ce «recueil historique» consacré à la 22e lettre de l’alphabet : le V (de la Victoire, bien sûr).

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Je possède deux exemplaires, dans des formats différents, de cette brochure, publiée au début juillet 1945, que les marchands de raretés bouquinières ont tendance à classer dans la mouvance des productions relevant de la folie littéraire.

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Folie typographique plutôt puisque Pascal G. Dubonville, l’auteur-éditeur, qui se présente comme «prisonnier-déporté», a adapté son texte libératoire pour le saturer de V imprimés en cap et en gras par G. Granguillot, «maître-artisan F.F.I.». «Hitler-le-Vampire, le Verbeux Goebbels, Himmler-la Vipère et le Volumineux Goering» en prennent pour leurs grades et ce n’est pas dommage.

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Les plaies de la guerre sont encore ouvertes et les illustrations du peintre Robert Mahélin évoquent, dans un style narratif à l’expressionnisme teinté d’innocence, les crimes des Nazis et de leurs séides collaborationnistes, les combats des Alliés et de la Résistance, les bals de la paix.

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Vive la Vie Véloce, Véritable et Vibratoire donc! La beauté bordélique de l’art brut aux antipodes des austérités de l’uniformément laid! Rien de tel pour vous remettre un cœur fatigué à l’ouvrage.

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A trop dématérialiser, il arrive qu’on se dématérialise aussi. La rationalisation a du bon mais le désordre aussi. Du moins cette forme supérieure du désordre qui favorise les transversalités.

para.jpgVoici, tombés sur ma table d’opération comme le parapluie et la machine à coudre de Lautréamont, cette composition décorative d’Augustin Lesage et cette image du temple de Madurai qui orne la couverture de En Inde, un livre de Catherine Donzel (De Monza Editeur, 2007).

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Rien que pour le plaisir de suggérer aux amateurs de sources (ou de passerelles entre art brut et productions culturelles médiatisées) une piste photographique possible : celle du procédé Photochrom dont le brevet fut déposé en 1888 par le Suisse Orell Füssli. Ce procédé d’impression lithographique à base de photographie fut supplanté par l’invention de la photographie en couleurs et abandonné dès les années 1910. A cette époque, le mineur Lesage avait 34 ans. L’année suivante il entendra une voix lui annoncer son destin de peintre.

Augustin lesage

Le Photochrom avait la particularité de permettre un rendu des couleurs «d’une subtilité et d’une richesse inouïes» (opus cité). Il n’est pas impossible de penser que Lesage ait été sensible à l’ambiance poétique un peu irréelle qui caractérisaient ces photos-souvenirs en couleurs, commercialisées dès 1889 par Photoglob, la société créée à Zurich par l’inventeur du procédé. A condition bien sûr qu’elles lui soient tombées sous les yeux.

Hypothèse, Hypothèse. Hypothèse risquée, peut-être, mais qui porte à rêver.

29.04.2012

Le Petit est malade

thé encens fleurs.jpgMalade. Je suis malade. Mon toubib a diagnostiqué une crise de flemmingite aigüe. Je touitte, je zappe, je baille. Toute la journée. Votre petite âme errante plane au ras de la moquette. Mollement. Thé, fleurs et bâtons d’encens : mon daddy s’inquiète mais si ça me plait à moi de déprimer! Je plonge et replonge dans mon remède favori : la lecture. A la recherche des livres perdus dans mon cafard-naüm.

pile.jpgSous une pile de vieilles paperolles, je retrouve les curieux carnets d’hôpital d’Alfred Le Petit (1841-1909), un fameux dessinateur, peintre, caricaturiste et photographe et journaliste de la fin du XIXe siècle. A la fin de sa vie, entre 1903 et 1905, il fait de longs séjours à l’Hôtel-Dieu. Il y rédige un journal, accompagné de dessins pathétiques et drôles, mais toujours justes, où il chronique le quotidien de l’humanité souffrante dont il partage le sort.

Alfred Le Petit

Comme le dit la 4e de couverture de ce bouquin publié aux éditions Alternatives et présenté en 2007 par Jean-François Le Petit, petit fils de l’artiste et par Guillaume Doizy, spécialiste de la caricature, «Alfred Le Petit  nous fait entrer de plain-pied dans la vie d’un hôpital au début du XXe siècle, à une époque où ces établissements de soins sont en pleine mutation». Rien à voir avec l’art brut par conséquent. Quoique. Alfred Le Petit délaisse parfois sa plume et son crayon pour s’aventurer dans la peau d’orange façonnée par repoussage.

alfred le petit,curiosités

Les circonstances particulières dans lesquelles ce virtuose d’un art professionnel calibré se trouve placé (ennui, maladie, désœuvrement) font que, délaissant les techniques et les matériaux où il excelle d’ordinaire, il s’amuse à en expérimenter de nouvelles.

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Le résultat est étonnant et je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cette série de masques orangesques, séchés et vernis rassemblés sur la page 109.

Alfred le petit

Les adorateurs fanatiques de châteaux de Versailles diront peut-être qu’il s’agit là de petites friandises «minables» (voir le commentaire indigné à ma note du 20 février 2012) mais moi je trouve que ces petites gueules effrayantes et sympathiques justifieraient à elles seules que vous vous procuriez ces souvenirs d’Alfred tant que c’est encore possible.

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23.04.2012

Beauté pliée à Haarlem

Vous reprendrez bien un p’tit coup de Hollande? Mille marmites (comme dirait le Père Peinard), cela s’impose, en ces temps républicains! Aussi ma chronique sera-t-elle batave en ce soir de grande lessive électorale.

batavia 2.jpgEt puisque la batavia est au menu, quelques mots en néerlandais d’abord : «Museum Het Dolhuys in Haarlem presenteert Verborgen schoonheid uit Japan, een tentoonstelling met bijna 1000 kunstwerken van 50 verschillende kunstenaars».

Même si vous êtes un francophone endurci, vous avez compris que mon néerlandais avait les yeux bridés.

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Et fûtés comme le sont les Animuliens fidèles, vous avez deviné de quoi il retourne. Je vous parle d’une exposition. Elle a lieu dans un musée de Haarlem (jusqu’au 2 septembre 2012). Elle présente environ 1000 pièces d’environ 50 créateurs japonais de l’espèce «outsider art».

Pour citer la version en idiome international : «Het Dolhuys museum located in Haarlem, presents Outsider Art from Japan, an exhibition of nearly 1000 artworks by 50 different artists».

Pour ceux qui comme moi, l’ignoraient encore ce matin, Het Dolhuys est un jeune musée de psychiatrie fondé en 2005. Il vise à interroger les conceptions de la folie en invitant ses visiteurs à réfléchir au lien entre normal et pas normal. Dans le but de concourir à préserver les personnes rencontrant des problèmes psychiatriques de certains préjugés tenaces (du genre : «rien de beau ne peut sortir de la folie» comme a osé le prétendre notre calife sortant, un jour où il venait de traiter de zinzin un de ses rivaux du même camp que lui).

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Hans Looijen, le directeur du Het Dolhuys ne craint pas, lui, de se coltiner cette verbrogen schoonheid. «Beauté pliée» si j’en crois l’équivalent tordu que j’ai obtenu avec Gougueule-Traduction. Avouons que les approximations de celui-ci ont du bon quand elle dérapent comme ici dans le poétique.

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Marie Suzuki

Cette beauté pliée, il l’a rencontré tout d’abord à Paris en 2010 en visitant l’expo Art brut japonais (en ce temps là, on n’avait pas peur du mot à la Halle Saint-Pierre) qui fit un score de 120.000 entrées, selon H.L. Il aurait pu la croiser auparavant à Lausanne en 2008 dans l’expo Art brut du Japon.

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Sawada Shinichi

Curieux des destins respectifs des différents auteurs, Hans Looijen a poursuivi la beauté pliéejusqu’au Japon et l’a assise sur ses genoux. En collaboration avec l’Aiseikai Organization et le No-Ma bordeless art museum in Japan, et après avoir rencontré les créateurs dans les institutions qui les protègent et les encouragent, il a sélectionné le riche matos de son expo haarlemienne actuelle.

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Takashi Shuji

Car, attention, l’expo du Museum Het Dolhuys n’est pas une simple réplique du précédent tsunami parisien! 25 des créateurs japonais présentés à Haarlem exposeront pour la première fois en Europe. In english : «around 25 artists will exhibit for the first time in Europe».

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Yukiko Yamada

11.04.2012

Le pasteur perché

J’investis dans l’immobilier. Non, je déconne. J’investis dans Jésus. Nan... Je bouffonne tout pareil. La vérité c’est que je suis tombée sur un article en ligne de La Vie. Pas La Vie catholique, La Vie immo.com (Le portail de l’immobilier). Une fois n’est pas coutume. C’est bien la première fois que je trouve une info valablement animulienne sur la bande passante de Yahoo! France qui ne me refile d’ordinaire que des tuyaux sur les candidats, les people et les joueurs de baballe.

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Cet article de Badr Lebnioury, qui cite comme source le journal britannique The Sun, nous apprend qu’un gars du Tennessee (la patrie de Davy Crockett) vient de se construire dans les arbres une cabane d’enfer avec terrain de basket incorporé.

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Ph J. Stephen Conn

Avec ses 900 mètres carrés, ce prédicateur de Crossville peut jouer les «barons perchés» (comme dit Italo Calvino) avec sa daronne puisque cette construction extraordinaire lui a été offerte en cadeau.

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Exceptés les milliers de clous, les matériaux utilisés par le bâtisseur américain (bois de récupération issu de vieilles granges et hangars, matériaux hétéroclites du genre plaques minéralogiques) font penser, bien sûr, à ceux du Québécois Richard Greaves.

Horace Burgess

Mais la comparaison s’arrête là. Pour impressionnante qu’elle soit, la bâtisse géante d’Horace Burgess (c’est le nom du charpentier américain) a tout de même un côté plus «sage», moins «décalé» que celles de Greaves qui demeure le champion de la beauté à la limite de l’équilibre.

Cela tient peut-être à ce que Burgess est aussi un architecte-paysagiste. Quelque chose de raisonné qui vient du métier se sent chez lui.

Horace Burgess

Encore faut-il préciser que la tâche impossible, à laquelle il s’est attelé en 1993, lui a été inspirée directement par «le Tout puissant» qui a promis de lui filer un coup de main pour qu’il ne manque jamais de matos.

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En reconnaissance, Horace, en vrai land artist, a écrit JESUS à la tondeuse dans son gazon (béni).

Horace burgess

L’article est illustré par une photo de J. Stephen Conn prise en octobre 2011. Il renvoie à une galerie de 12 beaux clichés dans laquelle je pioche respectueusement et parcimonieusement pour vous donner envie de voir la suite.

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La cabane vue de Google Earth

13:26 Publié dans Ailleurs, Glanures, Sites et jardins | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : horace burgess | |

09.04.2012

Dépotintô, dépotintè, Tô é dépotintô

Blason_Montbrison.jpgJe peux pas vous servir que du réchauffé. Je me tourne donc vers Montbrison. On est cachottier dans cette capitale du Forez. Une expo intitulée De l’art brut et d’autres choses vient d’y débuter et on ne nous le dit pas ou alors à mots couverts (que fait la PQR ?).images.jpg

A vrai dire, ça fait plusieurs mois déjà que j’avais vent du projet mais j’avais oublié avec tous les chats que j’ai eu à fouetter

A Montbrison, il y a un musée et c’est là que sera abritée jusqu’aux frimas de novembre 2012, ladite expo qui mêle gaillardement, selon le programme, «des œuvres majeures de la Collection de l’hôpital parisien Sainte-Anne», «le travail d’Alain Rault, sans domicile fixe rouennais», «des dessins suggérés (sic) aux pensionnaires de l’établissement Charles Foix», des «objets de tranchées de la Grande Guerre», «des objets perruqués» et «quelques œuvres d’art brut inédites de Sylvia Marquet».

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Ce rassemblement pour le moins hétéroclite (inauguré le 5 avril 2012) a pour cadre l’ex hôtel particulier de Jean-Baptiste d’Allard (1769-1848), un militaire passionné de taxidermie. Pour l’anecdote, précisons que le cabinet de curiosités, légué par cet aimable rentier à sa ville, comprend un prisonnier espagnol de l’époque napoléonienne, proprement empaillé après avoir été victime d’un accident du travail mortel sur le chantier de l’hôtel d’Allard alors en construction.

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Charmant écrin pour une expo qui souhaite aller «au delà du silence»! Celle-ci s’inscrit dans «le feuilletage actuel de l’art brut»( ?). Comprenne qui pourra.

Ni l’art des poilus de 1914-1918, ni les objets fabriqués pour eux-mêmes par les ouvriers durant leur temps de travail n’appartiennent, bien sûr, au domaine de l’art brut. Il y a bien, parmi les très rares reproductions proposées à la curiosité du public, un Aloïse mais il n’est pas des plus fameux.

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Vraiment, on vit une drôle d’époque. Il y a de véritables expositions d’art brut qui ne veulent pas dire leur nom (l’expo actuelle de la Halle Saint-Pierre à Paris par exemple) et, réciproquement, des expos qui se parent imprudemment du label comme celle de Montbrison. Cela ne veut pas dire qu’il faille négliger ces dernières. Allons à Montbrison pour éprouver nos définitions!

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Je ne crois pas pour ma part que l’activité grapho-compulsive d’Alain Rault puisse être qualifiée de «travail» comme n’hésite pas à l’écrire Henri Pailler, le conservateur en chef des Musées du Forez. C’est un contresens de croire que monsieur Rault s’inscrit dans un projet comme n’importe quel artiste contemporain.

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Je ne suis pas bien convaincue non plus que les créations de Sylvia Marquet relèvent de l’art brut bien qu’elle expose chez Ritsch-Fisch.

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Mais chacun est libre. Et si quelque Animulien passe par Montbrison qu’il n’hésite pas à nous donner ses impressions! Et même ses images car on est plutôt chiche de visuels du côté de chez Allard.

08.04.2012

Retour du Carrousel

«Here we are again!» comme dit Lionel Barrymore dans You can’t take it with you, le mémorable film de Frank Capra.

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autochenille.jpg«Coucou, nous revoilou!» en langage animulien standard. J’ai pris du retard. Des tas de bâtons se sont mis dans les roues de ma petite auto-chenille et j’ai perdu les pédales.

Raison pour laquelle je vous ai interprété «blogue en pause» pendant plusieurs jours. Avec tout ça, je ne sais plus où j’en suis, même si je me dis : «Bouge ta vie!».

bonbons.JPGLa dernière chose dont je me souvienne c’est la jolie coupe de bonbecs où j’ai puisé sur le stand de la Galerie Béatrice Soulié qui exposait les «Pierres noires» de Paul Rumsey au salon du dessin contemporain du début du mois.

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Cet artiste anglais a beau ne relever en rien de mon dada brut, je dois dire qu’il ne m’en a pas moins collé une pêche au creux de l’estomac de ma petite âme errante avec ses fusains borgésiens et ses vanités cosmiques.

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Genre pas brut pour un sou non plus mais super-intéressant quand même, les très originaux collages de Lance Letscher sur le stand de la Galerie Vidal-Saint Phalle. Je ne sais pas comment cet artiste se débrouille mais il échappe aux poncifs métaphoriques surréalistes trop souvent de règle en matière de collages.

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Et même quand Dada l’effleure ou le constructivisme c’est avec une vertigineuse dextérité qui fait exploser les influences au sein de compositions vraiment ambitieuses car vraiment éclatées. Malheureusement il y a toujours un gros lourd pour pointer son nez au moment où je prends la photo.

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Mais ceux que ce travail passionne pourront le retrouver au 10 rue du Trésor dans le 75004, adresse de la Galerie VSP.

Pour finir, quelques clichés tombés de mon album lors de la visite. Pour ceux qui n’étaient pas au Carrousel du Louvre, j’ai ouvert le cartonnier du Creative Growth d’Oakland dont le stand très mimi tout plein mutipliait les murs par trois grâce à sa gestion optimisante de l’espace.

Donald Mitchell

En témoigne ce panneau de Donald Mitchell avec -notamment- des petits formats rectangulaires plus diffus que d’ordinaire. On y reconnaît le personnage générique de DM mais «le bonhomme s’est collapsé dans le paysage» comme l’expliquait Gaëla Fernandez qui officiait ce matin là quand je suis passée chez elle.

gaëla Fernandez,Creative growth art center

En A19, chez Christian Berst Art Brut Paris, on s’affairait autour d’une video qui prolongeait sa grasse matinée. Mention spéciale du jury pour la collaboratrice du galeriste dont le caraco vert dérogeait heureusement à l’uniforme noir adopté par les dames présentant les œuvres sur les autres stands.

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L’endroit nous la jouait loft cosy autour d’un gobelet de café, la spécialité du patron. L’accrochage se distinguait par sa cohérence et son unité au service d’une réelle élégance intellectuelle. Quand c’est bien, faut le dire.

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J’ai vu d’un autre œil qu’à la galerie la boîte métallique lumineuse mettant en valeur les radios peintes à l’encre de Chine par Eric Benetto, un copain de l’Abbé Coutant, lui-même pote à Gaston Chaissac.

Eric Benetto

Même si on peut chipoter l’encadrement qui ajoute sa dimension «art-contemporaine» à ces œuvres de méditation fantomatique, on doit admettre que s’ouvrait là, dans ce salon de mieux en mieux professionnel, une fenêtre sur un «nouveau monde» de mystère.

Eric Benetto

19:26 Publié dans art brut, De vous zamoi, Expos | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |

26.03.2012

J.D.J. ouvre l’œil

Iris Clert dans la Gazette de l’Hôtel Drouot, forcément ça fait tilt. Surtout si son portrait est l’œuvre de Gaston Chaissac qu’elle exposa dans sa galerie au beau temps du pop.

iris Clert,Gaston Chaissac

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Aujourd’hui, ce qui fait boum c’est la vente publique où figurera samedi 31 mars 2012 cette gouache-missive réalisée au verso de dessins d’enfants.


Je dis «boum» parce que cette vente intitulée L’œil de J.D.J est incontestablement l’événement de la semaine pour ne pas dire plus. Les petits détectives ne devraient pas avoir trop de mal à deviner le nom de celui qui se présente sous ces initiales. Laissons lui l’avantage de cet anonymat qu’il partage d’ailleurs avec un des dessinateurs représentés dans le catalogue : Dominique le tricoteur, pour ne pas le nommer.

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Le catalogue qu’on peut feuilleter sur le site du commissaire-priseur C.J.D. (Christophe Joron-Derem) profile de cette manière ledit J.D.J. : «historien d’art passionné, commissaire d’expositions, a conseillé pendant plus de 30 ans un groupe de collectionneurs». L’ensemble d’œuvres de la vente qui comprend de très beaux Macréau

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un Scottie qui fait peur tellement il est sublime de mystère

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des Nitkowski très bien choisis, un Aloïse pas banal, des Boix-Vives qui se laissent super bien regarder et des Chaissac que je mettrais volontiers dans ma cambuse) provient de ces collections particulières.

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La démarche me rappelle celle de La Peau de l’Ours, cette asso de collectionneurs qui, au début du 20esiècle, s’étaient constitué un joli stock de cubistes, nabis et autres fauves pour s’en délecter un certain temps avant que celui du business soit venu.

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Sauf que là c’est plutôt aux frontières de l’art brut, sur les terres de la Figuration narrative, de l’Art naïf et de la grande Singularité inclassable que cette éphémère collection a été constituée avec Patience et Circonspection, petites sœurs d’un goût très sûr. Evidemment, il vaudra mieux être thuné samedi si vous voulez vous aligner car m’est avis qu’il y aura de la concurrence. Mais comme c’est la fin du mois, vous aurez touché vos petits sous. D’ailleurs, l’étude est bonne fille et certains lots sont loin d’être inaccessibles pour qui veut absolument repartir avec un petit souvenir de la vente. De belles photos de Chaissac prises en 1962 par la journaliste Renée Boullier sont estimées ainsi dans les 300/600 zorros. Cliquez bien sur «Lire la suite» quand vous consulterez les descriptions des 57 lots proposés à votre rapacité. Cela vaut le détour.

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Surtout la première, un autoportrait d’Alexandre Lobanov. Pour la bonne raison que c’est là que vous trouverez l’avant-propos (assez touffu car à plusieurs voix) de la vente. Je vous recommande surtout la partie centrale, bien torchée car philosophique et onirique. Cette réflexion-méditation sur l’œil et le regard, qui cite J.-B. Pontalis et Roland Barthes, est due à un jeune chercheur du nom d’Olivier Jacquemond. Bon, je vous ai mis les points sur les i alors maintenant, tous à l’expo, tous à la vacation!

23.03.2012

DRAWING NOW, Dan Miller à Paris

On m’écrit de New York. Les magnolias sont en fleurs.

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Ici, le printemps fait ce qu’il peut mais il a du sang sur la tête et cela plombe l’atmosphère. Je me réfugie dans le rêve. Dans un paysage vert et vallonné qui fait penser à une Suisse normande quelque peu américaine, je roule en dormant derrière un cycliste coiffé d’un casque tout blanc. «Dan Miller!» me dis-je, en ouvrant les yeux parce que suis pas en avance vu qu’il est déjà 8h.

Dan Miller

Dan Miller, vous savez, c’est ce peintre-dessinateur qui tresse les lettres de l’alphabet et superpose les lignes de mots en échappement libre pour aboutir à des sortes de mille-feuilles graphico-insignificatoire. Dan miller

Il fait partie des 5 d’Oakland dont je vous ai parlé, il y a 5 ans, dans ma note Montreuil California. Dan Miller, dont la tête est toujours protégée parce que l’épilepsie dont il souffre risque de le faire chuter, fréquente le Creative Growth Art Center.

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Celui-ci exposera pour la première fois au salon du dessin contemporain qui se tiendra au Carrousel du Louvre du 28 mars au 1er avril (ce n’est pas une blague!). Trois de ses vedettes au programme : Donald Mitchell, Dwight Macintosh et… Dan Mimi himself.

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On conçoit que pour le creative Growth la semaine prochaine sera très excitante puisqu’un autre événement majeur se profile pour lui, relativement à Dan Miller encore. Il s’agit de l’expo à la galerie parisienne Christian Berst qui sera vernissée samedi 24 mars 2012 de 16 à 20 h, entre le goûter et l’apéritif.

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Le message-annonce du CGAC ne dit pas si les viennoiseries et les cacahuettes seront au rendez-vous. Cependant je le cite : «Dan Miller’s first solo show in France, Graphein, wild be held at the prestigious art brut gallery, Galerie Christian Berst. The title of the show is greek for «mark-making» or writing/painting and perfectly depicts Miller’s tireless creativity-superimposing considerable layers of writing to the point abstraction».

couv AREA mars 2012 .jpgQuasi dans les mêmes heures, au fond de la cour et au 2e étage du 50 rue d’Hauteville dans le 75010, on fêtera la sortie du nouveau numéro de la revue Area : Artiste, un métier ?

La revue d’Alin Avila s’interroge «sur le statut de l’artiste et son rôle dans la société».


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Cela a son charme aussi.



En se démerdant bien on peut facilement se faire les deux vernissages, pas si éloignés sur Google maps.

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17.03.2012

La Chine et la Corée exposent leur « art brut »

nanjing natural art center.jpgVous connaissez le Nanjing Natural Art Center?

Korea art brut.jpgEt le Korea Art Brut de Séoul?

Et bien moi non plus!

Je viens de découvrir en bidouillant sur le net que le premier était une institution chinoise toute récente (novembre 2011), dédiée –paraît-il– à l’art brut et située à Jiang Xin Zhou (du diable si je sais où c’est).

Mr Li

œuvre de Monsieur Li

Le second est un organisme social créé en 2008 et dirigé par un Professeur du nom de Tongwon Kim, auteur d’un livre sur l’Art brut coréen dont j’ignore tout.

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Tous deux «à but non lucratif», le NNAC et le KABS ont pour mission d’encourager la création de personnes mentalement différentes des pékins ordinaires que nous sommes et de suspendre des passerelles entre les premières et les seconds.

Pour la première fois chez nous, des œuvres provenant des collections de ces deux centres vont être exposées du 19 au 30 mars à Lyon. Et dans 3 lieux, svp! L’Alliance Française où aura lieu le vernissage le 19 mars à 20 h, la Mairie du 7e et la Bibliothèque U Chevreul.

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Ceci à l’initiative d’un Collectif des mardis bruts, réunion de 9 étudiants (ça me rappelle quelque chose) de l’Université Lumière Lyon II, originaires de 6 pays différents dont la Chine et la Corée du Sud of course. Ce sera le premier bal du Lybr, autrement dit Lyon brut. Le soir de l’inauguration, une Table ronde, modérée par le chevalier Baptiste Brun, planchera vers les 18h30 sur la diffusion de l’Art brut au delà de l’occident.

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Quelques jours plus tard, on retrouvera Monsieur Brun, plus du tout lyonnais mais dijonnais. Cet homme passe autant de temps dans le TGV qu’un preux du Cycle arthurien sur son palefroi! Il officiera de bon matin le mardi 27 mars 2012 à la Nef de Dijon, place du Théâtre. Son intervention intitulée Du Populaire au Brut s’insérera (et ri et ra) dans une Journée d’étude sous l’égide de la Biennale organisée par l’asso Itinéraires Singuliers.

affiche 2012 itineraires singuliers.jpg

Consultez le programme pour zyeuter les noms des  intervenants parmi lesquels j’ai noté au vol : Denis Humbert de Laduz, Bruno Gérard de La Pommeraye, Karine Fol of Bruxelles et Barbara Safarova(bcd) de Paris.

kir.JPGJ’avoue qu’à la lecture de l’intitulé de la journée : «Brut, populaire, contemporain : faites vos jeux!». Penser l’art hors catégories, j’ai failli grimper dans les tours.

Je fulminais toute seule devant mon kir bien frais (apéritif d’ambiance) que, nom d’une Hourloupe, l’art brut ne pouvait pas être réduit à une vulgaire catégorie comme les autres. Que c’était un concept, une philosophie, une rage de vivre. Et patati et patata.

Mais le soufflé est retombé très vite à la lecture du préambule, probablement inspiré par Céline Delavaux, une des têtes pensantes de ce colloque : «L’art brut détient la capacité de dépasser des catégories aussi disparates et périmées qu’art des fous, art médiumnique ou art populaire, aussi floues qu’art autodidacte ou art spontané. Aujourd’hui encore, cette expression, que Dubuffet a finalement élaborée en concept, nous permet de penser (…) l’art dans son rapport à la société».

«Ma vieille Ani, tu t’es fait avoir!» me suis-je dit. «Ce titre là c’est du teasing et tu es tombée dans la provoc».

13.03.2012

« Ecrivainer » à Contre-Courant

Bonus en vitesse à mon coup de projo précédent. Arrêtez tout et pointez votre radar vers la Collec de l’Art Brut de Lausanne parce que demain, mercredi 14 mars 2012, à 19 h, il y a la lecture-performance de Geneviève et de Mathias à l’occasion de la publication du bouquin de Vincent Capt à propos d’un fameux auteur d’écrits bruts : Samuel Daiber

Samuel Daiber,Vincent Capt,Ecrits bruts

Ce monsieur suisse pratiquait la poterie et la peinture sur émail pour détruire ensuite ses œuvres soit-disant inspirées par Satan. La conviction de pouvoir arrêter les trams par la pensée, une tendance à mettre le feu aux vêtements de sa famille, d’autres bizarreries l’avaient conduit à l’internement permanent.

écrits bruts.pngMichel Thévoz explique tout ça dans Ecrits bruts, un recueil de 1979 (et ouais !!!). Il reproduit des lettres que Daiber écrivaient au directeur de l’asile, à ses parents et à tutti quanti pour réclamer sa liberté.

allio.JPGNotamment cette lettre du 9 janvier 1954 que Patricia Allio, passionnée de théâtre et d’art brut (voir ma note du 5. 02. 2006 : Jean Grard à l’abri) a mise en scène au Théâtre de la Roquette (75011) en 2008 dans un spectacle intitulé : sx.rx.RX au lieu de garder le silence, j’ai voixé.

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Auteur de plusieurs papiers et d’un doctorat sur les écrits bruts, Vincent Capt était tout à fait cap de nous pondre ce livre sur un langage si riche de néologismes «effrayantadiques». Il le publie, sous le titre Ecrivainer, la langue morcelée de Samuel Daiber, à l’enseigne de la CAB dans la Collection Contre-courant. Faudra voir à se le procurer!

Jean-Michel Adam, le dirlo de la thèse à Vincent, et Thévoz Michel ont donné un coup de main à la chose. Ils ont bien fait.

12.03.2012

Le printemps vient, l’art brut pousse

C’est trop la mauvaise période pour un blogounet comme le mien ce printemps des musées d’art brut qui s’annonce! A Lille, à Lausanne, à Paris, voilà que ça crépite en expos, en conférences, en séances de ciné diverses et variées.

A tout seigneur, tout honneur, je commence par la Maison mère : la CAB de l’Avenue des Bergières, située à 10 mn chrono de La Riponne. L’institution (entre guillemets) lausannoise donne la parole à celui qui 25 ans durant (1975-2001) fut son conservateur. J’ai nommmmmmé (comme on dit au catch) Michel Thévoz. Ce sera le 29 mars à 19 h. Attention, on manquera de chaises! Le titre de sa causerie : Le Miroir onaniste ne laisse guère de doute sur l’angle d’attaque. Il s’agit bien sûr de l’œuvre de Josef Hofer dont le côté zizi-panpan gêne aux entournures de distingués commentateurs soucieux de la rendre présentable aux amateurs d’art dit-contemporain (voir mon post du 2/12/2011)

Josef Hofer,art brut

Le carton de l’expo Josef Hofer et le miroir (qui se terminera le 13 mai 2012) enfonce le clou : «la sexualité est au cœur de la représentation et constitue l’unique thème, central et obsessionnel de l’œuvre». Point barre.

Du côté de Villeneuve d’Ascq, les Animuliens feraient pas mal d’orienter leur GPS en direction du LaM et de son expo «Théma Art Brut» Collectionneur de mondes . Date de mort : 13 mai 2012, ça laisse de la marge. Cette expo présente 250 œuvres sur les 5000 rassemblées par les collectionneurs suisses Korine et Max E. Anmann. On nous promet de l’art brut, de l’art naïf, du folk art, des singuliers. Le tout enrôlé sous la bannière de l’«art différencié». Du moins si j’en crois le gros livre qui accompagne cette expo déjà montrée en 2011 à la Chartreuse d’Ittingen en Suisse.

cata collect de mondes.gif

Merci à l’Animulien sympa qui me l’a rapporté de là-bas. Ce bouquin pèse son poids avec ses nombreuses repros en couleurs! Selon lui, l’art différencié serait un terme «relativement neutre» permettant de parler, en plus des catégories citées plus haut, «d’art populaire, d’images réalisées par des personnes handicapées mentales et d’autres phénomènes marginaux de la production artistique (…)».

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Ce qui nous vaut des rencontres surprenantes avec une tonalité brute en fond de sauce. Allez-y voir, la place me manque. Les «mondes» du titre font référence à 7 divisions (Hommes et émotions, progrès et machine, enchevêtrement de lignes et ivresse de couleurs etc.) rendant compte de la «richesse prolifique» de la collection qu’on aurait souhaitée cependant plus concentrée.

mal de chien.jpgIl semble qu’on se donne un mal de chien en ce moment pour éviter d’employer le mot «art brut».

Aussi l’expo de la Halle Saint-Pierre qui commence le 22 mars 2012 (vernissage avec invit) s’appellera Banditi dell’arte et non «L’Art brut italien» bien qu’il y soit question de ça et que son emblème soit ce «Nouveau monde» de Francesco Tosi dont je vous ai déjà touché deux mots dans mes Notes d’art brut du 7 juillet 2010.

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Le ouikène du 24-25 mars, des films seront projetés dans l’auditorium de la HSP, sur Podesta, Ghizzardi, Buffo, Barbiero, Bosco notamment. Cerise sur le gâteau : la présence de Lucienne Peiry est promise dans ce fief de Martine Lusardy.

05.03.2012

James Castle : une première en France

Dubuffet-vaca y hombre.jpgOuf, ça y est! La campagne est retournée chez elle et nos pauvres candidats n’ont plus besoin de flatter le cul des vaches pour grapiller des voix. Déjà, nos amis éleveurs se retroussent les manches dans les prés car on manque de bœuf, figurez-vous (raison de ma note précédente).

Jean Dubuffet                    De bœuf qui fait le bon bouillon.

Mais je graisse, je digresse et si ça continue vous allez cliquer ailleurs. Vous auriez grand tort car vous manqueriez les petites images concentrées de James Castle.

James Castle

«J’en ai encore les yeux qui piquent» m’avait dit l’Animulien Matthieu (voir son commentaire sur mon post du 11 février 2012) en évoquant l’exposition des dessins de cet Américain de l’Idaho à la super-class Galerie Karsten Greve de Paris jusqu’au 17 mars 2012.

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J’ai voulu en avoir le cœur net. La Galerie KG, rue Debelleyme dans le 3e, est un écrin de choix pour ces petits formats tout à la fois denses et silencieux. Les grands espaces blancs de l’endroit, le gris mat du sol servent particulièrement bien ces compositions pour la plupart réalisés dans une gamme allant du noir de la mine de plomb, à la sépia et aux couleurs froides.

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L’accrochage en série ou en ligne renforce, s’il en était besoin, le pouvoir de ces scènes intimistes, rurales et mentales, explosantes et fixes comme un gaz comprimé.

James Castle

Que vous dire d’autre? Je n’en sais guère plus que ce que nous apprend la notice, stricte et pas chichiteuse, distribuée par la galerie pour cette première rétrospective en France. Que James Castle (1899-1977) récupérait des emballages et des prospectus parce que son fermier de père tenait aussi un magasin et un bureau de poste dans le village de Garden Valley où James vécut avec sa famille.

James Castle

Qu’il «préparait sa palette en mélangeant de la suie, du papier crépon et de la salive». Qu’il «dessinait à l’aide d’une baguette de bois taillée ou d’un carton souple roulé».

James Castle

Que cet analphabète n’en réalisait pas moins des objets avec des collages de lettres. Qu’il n’en couvrait pas moins de ses dessins les pages des livres. Que son œuvre discrète et personnelle avait tout de même, de son vivant, attiré l’œil d’un «cercle restreint d’amateurs d’art»

James Castle

James Castle

James Castle

Que James Castle ne pouvait pas faire autrement que de dessiner, que ses œuvres étaient un «moyen de communiquer avec son entourage et plus encore de réfléchir sur le monde», vous l’avez deviné, grands fans de l’art brut que vous êtes.

James Castle

Ah, j’oubliais : James Castle était sourd de naissance.

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04.03.2012

Saint Goussaud fait un effet bœuf !

Petit bonus à ma note précédente sur les sorcières du Musée de la poste et les fétiches à clous. En cherchant une recette de bœuf bourguignon, je me suis souvenue du Bœuf de Saint-Goussaud que j’avais croisé dans un bouquin sur les coutumes de mariage en Limousin publié sous la direction de Michel Valière en 1995.

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«De la cuisine au mariage, il n’y a qu’un pas…» m’a dit mon chéri que j’ai et je lui ai lancé un regard noir vu que je suis pas du genre à effeuiller la marguerite dans le pot au feu. Mais enfin, il n’a pas tort puisque grâce à mes petits talents culinaires, je suis retombée sur ce bon bœuf gras de Sèn Goussao (occitan de Saint-Goussaud), village dont Wikipedia nous dit que Pierre Michon l’a évoqué dans les Vies minuscules (faudra que je vérifie).

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Goussaud, avant d’être saint, était un berger, ce qui fait que l’histoire commence bien. Ce protecteur des bestiaux, que j’évoque d’autant mieuh que le Salon de l’Agriculture bat son plein à Paris, est l’objet d’un culte populaire qui a su s’imposer dans l’église catholique de l’endroit.

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«Au nord-est de la Haute-Vienne, du côté de Laurière, pour trouver un fiancé, les jeunes filles allaient faire leur dévotion à Saint-Goussaud, à quelques kilomètres de là. Elles piquaient  des épingles dans la statue du saint ainsi que dans le petit bœuf en bois de buis au pied». Voilà ce que nous apprend Un jour qui leur appartient…et il semble que cette innocente pratique magique ait toujours cours si j’en crois les photos récentes de la bête à cornes trouvées sur le net.

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Doua vei per an nous van à Sèn Goussao

Li fa la devouci per notre gros betiou

Las fillas lou garçous li vant de lour couta

Li piquas de l'épingas par lou fa marida

Une histoire qui se termine bien aussi, donc.      

03.03.2012

Ma postière est une sorcière

affiche 2.jpgCela me fait doucement rigoler de lire sur le prospectus de l’expo Sorcières que celle-ci «s’inscrit dans l’engagement de La Poste dans la lutte contre les discriminations (…)» etc.

Cet ex service public, qui transfère aux usagers le boulot de ses préposés qu’elle remplace par des machines n’acceptant jamais mes billets de banque fripés, n’est jamais en retard d’une auto-promotion.

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Mais bonne fille comme je suis, j’oublierai un moment les crises de nerfs que je pique dans mon buro d’affranchissements et je vous vanterai les mérites de cette exhibition du Musée de la poste (près de la gare Montparnasse) rebaptisé L’Adresse (!) sans doute pour figurer en tête des listes.

On va voir Sorcières, mythes et réalités (jusqu’au 31 mars 2012) comme on irait se faire désenvoûter dans nos campagnes. Un conseil à ce propos : commencer par la fin en pénétrant directement chez Madame P, une «sorcière» qui officiait dans un hameau de la Creuse jusqu’aux années 50 du XXe siècle. Vous n’en prendrez que mieux la réalité (y compris artistique) de la chose en pleines mirettes sans passer par le filtre du parcours savant que le plan de l’expo tend à nous faire suivre.

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Il sera bien temps de relativiser ensuite mais pour ces premiers instants mieux vaut faire avec sa sensibilité qu’avec son intellect. C’est qu’on est d’emblée de plain-pied avec une sorte de vaudou rural bien de chez nous.

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Les vitrines sont pleines d’objets ayant accompagné des pratiques magiques. Objets découverts dans la maison de Madame P. après sa mort. Des têtes de diables, fabriquées sur commande par un potier local.

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Des figures humaines ou des cœurs plantés de clous comme des fétiches africains.

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Des souches d’arbres sculptées de formes fantastiques où l’on touche aux territoires de l’art brut.

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Respect, respect, respect! C’est pas de la rigolade. Ces objets ont été recueillis par l’ethnologue Daniel Pouget. Ils proviennent de sa collection du Couvent de Chazelles sur Lavieu (Loire) qui m’a l’air bien passionnant.

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La place me manque pour vous raconter les autres sections de l’expo mais il y a encore pas mal de curieuses choses à se mettre sous la paupière : statuette d’envoûtement, cannes de bergers, tuile faîtière, anti-sex-toys destinés à couper le sifflet d’un nouveau marié à qui on veut faire des misères (on appelait ça «nouer les aiguillettes»).

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affiche.JPGA la sortie, avant de vous précipiter sur le catalogue ou sur Le Mag qui contient un entretien avec Hugues Berton et Christelle Imbert, les deux ethnologues dont beaucoup d’objets figurent dans l’expo, n’oubliez pas de looker l’extrait de Häxan, le film muet du grand cinéaste danois Benjamin Christensen. C’est de 1920 et c’est magique.

02.03.2012

Graffiti historiques : hommage à Serge Ramond

jambon-de-bayonne.jpgBookcrossing dans mon quartier. En allant chez mon boucher acheter du jambon de Bayonne (j’aime bien cette ville brocardeuse de président-candidat), je tombe sur le Club des Cinq abandonné sur du mobilier urbain.

le club des 5.jpgJe me replonge avec délice dans les aventures de Claude, d’Annie, du chien Dagobert et des garçons en faisant la queue (mon boucher est le meilleur). Cela me rappelle ma jeunesse.

J’avais encore l’âge de me passionner pour Enid Blyton quand j’ai visité le Musée des Graffiti de Verneuil-en-Halatte avec mon daddy, déjà dégarni mais toujours à la recherche de promenades du dimanche sortant de l’ordinaire.

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Et voilà-t-il pas qu’en 2012, on organise déjà des hommages à Serge Ramond, son directeur, inventeur, prospecteur et cicerone qui a tiré sa révérence en 2010. C’est comme si je m’étais découvert une ride de plus au contour de l’œil. Serge Ramond y’avait pas moyen de l’arrêter tellement il était passionné par son truc. Un peu dur pour une gamouche. J’avoue que je déconnectais un brin des érudits commentaires historiques du sieur Ramond.

Serge Ramond Mais je me souviens qu’à la sortie j’avais tout de même exigé de mon daddy qu’il m’achète toute la panoplie de souvenirs en vente au musée : empreinte, moulage, affiche, flyers, revue imagée. Je jette rien, je les ai encore. J’y ajouterai ce beau portrait de l’intrépide chercheur autonome (S.R. recueillait des fois les graffiti dans des endroits impossibles au péril de sa vie).

Serge Ramond

Dans les temps, on n’aurait pas pensé que les graffiti puissent rameuter les foules. S.R. n’en poursuivait pas moins son recensement en navigateur solitaire. Le monde, en deux/trois décennies, a tellement changé que la Mairie du 11e arrondissement de Paris en est à accueillir (merci madame) rien moins que le 5e Colloque «Graffiti historiques». Plein de pistes à suivre dans celui-ci qui nous entraîne dans les châteaux de la Loire (y’a pas qu’à Versailles qu’on griffe), à Noyers-sur-Cher, à Martizay dans l’Indre.

Suivez le programme du samedi 24 mars 2012 pour en savoir plus et suivez le guide, dimanche 25 mars dans le Donjon de Vincennes et à l’Hôtel de Cluny.

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Rencarts à 10h15 et à 15h30 après le déjeuner (qu’est ce qu’on mange?). C’est Christian Colas, un conférencier du samedi qui m’a prévenue. Qu’il en soit remercié. Il est l’auteur d’un livre dont j’ai eu l’occasion de vous signaler l’existence le 3 octobre 2010 dans ma note : Regards d’automne.

00:05 Publié dans Expos, Images, Parlotes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : graffiti, serge ramond, christian colas | |