04.02.2012
L’art brut dans l’œil de 303
Cet hiver lucide restera dans les annales animuliennes comme celui de 303.
Trois cent trois, c’est pas le nom de la vieille Peugeot de votre archi-grand papy, c’est celui d’une revue très classe éditée avec de la thune des Pays de la Loire.
Merci, la Loire-Atlantique, le Maine et Loire, la Mayenne, la Sarthe, la Vendée (44 + 49 + 53 + 72 + 85 = 303). Si tous les autres départements se décarcassaient pareillement pour les arts, les recherches et les créations ce serait au poil.
Dans l’œil de 303, il y a «la solitude des champs, le bonheur des plages, le son des marchés» aussi bien que «la foule des gares, la vitesse des machines, le rouge des avions».
Il peut bien y avoir l’Art brut, outsider, modeste. C’est le cas avec le 119 de 2012, un beau numéro que l’on caresse du doigt avant de le mettre dans l’œil central de la couverture qui représente, dans des tons volontairement non racoleurs, un de ces tableaux-cibles utilisés autrefois dans les tirs forains du Cercle de Chemazé en Mayenne.
Cet œil de 1895, qui nous regarde autant que nous le regardons, n’est pas seulement le symbole de cette publication. Intitulé Je la vois venir, il signe malicieusement le travail du maître d’œuvre de ce remarquable chantier d’écriture : la critique d’art, conférencière et prof d’histart Eva Prouteau. Comme la fameuse statue d’Emile Taugourdeau de Thorée-les-Pins dans la Sarthe, cette Eva-là mériterait le titre de Magicienne.
«Sous l’égide de Gaston Chaissac et de Robert Tatin, faux bruts et vrais sauvages savants», elle a rassemblé «de nombreux créateurs qui bousculent et cabrent les cadres culturels»
Fleury-Joseph Crépin
A. Guillard © Ville de Nantes-Musée des beaux arts
Chomo, Giovanni Bosco
Richard Greaves
© Mario del Curto/strates
Aimable Jayet, Hélène Reimann

© C. Dubart/LaM
et beaucoup d’etc.
«La famille des habitants-paysagistes (…) n’est pas en reste» avec Fernand Chatelain, André Pailloux, Jean-Pierre Schetz et consorts. Elle n’a pas oublié non plus d’«extra-ordinaires» objets populaires, «sortis de collections méconnues» comme ces douilles d’obus gravées par des Poilus de 14-18.
© B. Renoux
Eva Prouteau pour parler de ces sujets qui vont des bâtisseurs de l’imaginaire aux médiums en passant par les peintres muralistes et les musées a su fédérer et croiser des bonnes volontés venues d’horizons divers : conservateurs (Savine Faupin, Daniel Baumann, Patrick Gyger), responsables de centre de doc (Brigitte Van den Bossche), directeurs de site (Bruno Godivier), chercheurs indépendants (Bruno Montpied), écrivains (Fédéric Dumond, Jean-Louis Lanoux), chargés de mission (Vincent Cristofoli), artistes (Laurent Tixador), critiques d’art (Laurent Danchin), photographes (Ph. Bernard, B. Renoux, Mario del Curto). Pardon si j’en oublie. Se reporter aux pedigree, astucieusement mêlés au sommaire, ce qui les rend plus digestes.
Eva a même fait une place à la blogosphère. Et je suis pas peu fière qu’elle ait accepté de glisser ma mauvaise «langue aux registres feuilletés» dans tout ce beau langage.
Car chacun, visiblement a fait de son mieux dans cet exercice. Tout le monde s’est mis sur son 31 pour 303. C’est que l’enjeu en valait la peine. Comme au printemps dernier, le n°24 d’Area, ce numéro spécial de 303 vient contribuer à la synthèse de deux ou trois ans de débats autour des «aires de contact, d’attraction et de porosité» qui se multiplient «entre culture savante et culture populaire». J’emprunte ces expressions à l’édito d’Eva Prouteau. Celui-ci, qui a le mérite de la clarté, ne cache pas son penchant pour le «décloisonnement» comme si le territorial était tout (quid de l’autre scène Eva?). Mais cette préférence s’énonce en des termes si dialectiques qu’ils font incontestablement avancer le schmilblic : «Décloisonner ne veut pas dire amalgamer ou niveler».
20:50 Publié dans art brut, Blogosphère, Gazettes, Lectures | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note |
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01.02.2012
Jean Perdrizet, un inventeur tous azimuts
L’art brut est un Nil dont il est passionnant de chercher les sources.
Amatrice d’eaux méandreuses comme je suis, c’est avec plaisir que j’irai me baigner dans le fleuve profond de l’inventeur Jean Perdrizet (1907-1975) dont l’exposition, commence le jeudi 2 février (vernissage).
Cette expo de plans détaillés et commentés que ce digne habitant de Digne-les-Bains adressaient à tous les CNRS du monde, cette expo, dis-je (et même pro-dis-je), est organisée par la Galerie Berst avec Roger Roques de la Galerie Loin-de-l’œil. Pour ceux qui l’ignoreraient, RR est le bien connu libraire toulousain à l’enseigne de Champavert. Et Loin-de-l’œil, le nom de la Galerie qu’il a ouverte en 2009 à Gaillac dans le Tarn. Avec ce Roger, on n’est jamais trop loin des avant-garde du XXe siècle.
Aussi me suis-je dit qu’il y avait anguille surréaliste sous roques avec Perdrizet, créateur d’une «utopie cybernétique de communication avec les morts». J’emprunte cette formule au texte du scientifique Jean-Gaël Barbara qui figure dans le catalogue. Comme il est consultable en ligne, vous verrez qu’il reproduit aussi la contribution que le mathématicien José Argémi avait donnée en 1979 à l’ouvrage collectif intitulé par antiphrase Discours.
Ce bouquin, réalisé sous la houlette de Jean-Michel Goutier, par un groupe d’auteurs et de peintres (dont Giovanna qui s’est chargée de la couverture jaune) fut publié par Plasma, maison d’édition des punkesques années 70, moins étudiée que Le Sagittaire ou Champ Libre mais pas mal intéressante aussi. On peut s’en rendre compte en consultant le chantier préparatoire qu’Eric Dussert a ouvert à son sujet dans son Alamblog.
Discours est assez coton à trouver. C’est dommage car c’est sans doute grâce à lui que Perdrizet a piqué la curiosité des amateurs de sciences obliques, de langages parallèles (le Dignois est l’inventeur d’une «Langue T») et de robots. Discours, à vrai dire, avait été précédé en 1971 par la très courte notice du catalogue de la Collection de l’Art Brut. Notice avare d’illustration. On y apprenait que Perdrizet était bossu. Les 3 grandes reproductions qui illustrent l’article, bien plus détaillé, de José Argémi dans Discours durent faire autrement impression, bien qu’en noir et blanc.
A noter que Giovanna (pseudo du peintre italien Anna Voggi) est une des ultimes recrues du surréalisme tardif des années soixante. Le Dictionnaire général du surréalisme et de ses environs de Biro et Passeron nous apprend, par le truchement d’Edouard Jaguer qu’elle «intervient dans le champ de l’expérience graphique en créant, vers 1965, un genre nouveau : le dessin automatique … à la machine à écrire».
Les effets de «fantastique abstrait» qu’elle tire des rencontres entre signes et formes n’est pas sans ramener mon esprit à ceux de Palanc, le pâtissier de Vence, grande découverte d’Alphonse Chave révélatrice du second souffle de l’art brut à la fin des années cinquante. Ceci dit pour ceux qui veulent absolument télescoper l’art brut avec l’art contemporain et qui se contentent généralement du premier rapprochement venu avec le premier people duchampignonesque venu.
Ah, j’oubliais… La Bibliographie lacunaire des éditions Plasma d'Eric Dussert mentionne la diffusion en 1978 d’un album de dessins de Giovanna. Il est intitulé : Deus ex machina. C’est aussi le titre de l’exposition Jean Perdrizet à la Galerie Christian Berst.
17:21 Publié dans art brut, Ecrits, Expos, Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : art brut, jean perdrizet, galerie christian berst, galerie loin-de-l’œil, jean-gaël barbara, josé argémi, jean-michel goutier, giovanna, anna voggi, edouard jaguer, francis palanc, alphone chave, eric dussert, l'alamblog |
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29.01.2012
Meilleurs vœux d’Asuncion
Avec les vœux du monde entier naissent en hiver les envies de voyage.
Aujourd’hui, au Paraguay, avec ceux de Dorothée Selz qui m’adresse (et adresse par ricochet à tous les Animuliens) une carte postale d’Asuncion, la capitale de ce pays du cœur de l’Amérique centrale.
Elle nous propose «une petite visite au Museo del Barro, un étonnant, émouvant musée d’art populaire».
Environ 4000 pièces depuis le 17e siècle. Productions diverses relevant de la céramique
de l’imagerie religieuse
de l’univers des masques etc.
Suivons avec confiance cette représentante du eat-art. La jeunesse de Dorothée a été baignée dans les collections de son père, le journaliste Guy Selz qui avait rassemblé des milliers de petits objets à la frontière de l’art populaire, de l’art brut et de l’art modeste.
Objets venus d’un peu partout.
Merci de l’info, chère Dorothée et très belle année à vous aussi et à vos sculptures comestibles et éphémères.
Et merci aux Guarani.
23:49 Publié dans Ailleurs, Expos | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : museo del barro, asuncion, paraguay, dorothée selz, art populaire, art modeste, art brut |
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22.01.2012
L’OAF de NYC fête ses 20 ans
Des fois la vie vaut d’être vécue. Par exemple quand je reçois dans ma boîte aux lettres le catalogue de la prochaine vente de Martine Houze qui aura lieu à l’Hôtel Drouot le mardi 7 février 2012 (salle 1).

Je passe un bon moment à le feuilleter en rêvassant sur les milliers d’objets petits et grands qu’il contient, rassemblés en séries dont la simple énumération est un poème bachelardien : «la poterie de terre … le feu et la lumière… couture, parure et écriture etc». Peu de choses pour moi cette fois-ci. Cette page peut-être avec une statuette d’homme nu en fer oxydé du XVIe ou XVIIe siècle.

Mais ça fait rien, l’art populaire ça me repose. J’ai l’impression –peut-être à tort– que c’est un domaine bien peinard sur lequel les vieux renards de l’art contemporain,
les jeunes loups de l’art-thérapie ou les lionceaux de l’art singulier (sans parler des autruches du grand n’importe quoi) ne se donnent pas rendez-vous pour se faire les dents.
Mais ne crachons pas dans la soupe à Dubuffet. Tout tiraillé qu’il soit dans tous les sens et sommé de rendre gorge à tous les coins de colloques, l’art brut conserve son charme. Celui de s’inviter chaque année à l’Outsider Art Fair de New York qui aura lieu cette fois-ci du 27 au 29 janvier.
Trente deux galeries au menu de cette version 2012. Impossible de les énumérer toutes. Allez donc sur le site officiel de l’OAF et cliquez, cliquez, cliquez de vos petits doigts animuliens sur celles qui vous branchent.
J’ai noté pour ma part, en vitesse, la présence du Creative Growth Art Center, celle de l’Outsider Folk Art Gallery de Philadelphie (parce que ma copine Boistine expose dedans) et celle –côté France– d’une galerie du boulevard Haussmann à Paris (Les Singuliers) qui va de l’avant sous le drapeau d’une «ruée vers l’art débridée» des années 80 dont «les principaux mentors» sont Bazooka et les artistes de la Figuration libre sétoise. Ce qui nous emmène un peu loin!
Je me suis laissé dire d’ailleurs que, en ce 20eanniversaire de l’OAF, les débats ne manquaient pas outre-atlantique sur la spécificité du champ d’application de la Foire et sur sa «marchandisation» un peu trop voyante. On en aura sans doute un reflet dans la quantité de parlotes qui accompagneront cette OAF 2012 et dont vous trouverez la liste ci-dessous.
Nos petites voix européennes y seront bien représentées. Le 28 janvier notamment, Sarah Lombardi, la nouvelle directrice ad interim de la CAB panellisera avec Barbara Safarova d’abcd tandis que Bruno Decharme et James Brett, leader du Museum of Everything converseront sur l’obsession collectionneuse.
Pour terminer sur une note encourageante cette chronique commencée de même, je signalerai le retour, dans le rôle de modératrice des principaux échanges, de Valérie Rousseau dont les activités «indisciplinées» subissaient une éclipse depuis quelque temps. Valérie avec un accent sur le é comme il sied à une Québécoise, même quand elle est newyorkisée.
12:20 Publié dans Ailleurs, art brut, Encans, Expos, Miscellanées, Parlotes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : martine houze, art populaire, art brut, outsider art fair, sarah lombardi, collection de l'art brut, barbara safarova, bruno decharme, abcd, james brett, museum of everything, valérie rousseau |
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18.01.2012
Vintage & Revival, des revues très tendance
Vous allez dire que je me prends les pieds dans l’art-thérapie mais ce n’est pas ma faute si le sujet revient sur le devant de la scène par le truchement de la dernière livraison de la revue Création Franche. Ce ne sont pas moins de 4 articles sur 10 qui, par différents angles, abordent la chose.
«Art-thérapie» est d’ailleurs une façon de parler, une commodité langoustique puisque, au fur et à mesure que celle-ci se généralise, c’est plutôt le vocable d’«ateliers de création» qui est avancé. Ateliers par ci, ateliers par là, le terme revient souvent (au moins en filigrane) que ce soit pour le Creahm ou La Pommeraie en Belgique, pour L’Erreur en Italie, pour La Passerelle en France sous les plumes (ou grâce aux claviers) de Déborah Couette, Teresa Maranzano, Dino Menozzi et Bruno Montpied.
Pour aller vite, chez Dino j’ai remarqué «le rhinocéros hybride» de Giulia Zini, digne d’être enviée «pour la simple cohérence de son existence, pour la spontanéité avec laquelle elle se livre à son monde, pour le dédain exemplaire derrière lequel elle se réfugie, pour le sourire satisfait qui émerge toujours d’elle».
Maranzano m’a impressionnée avec les objets sous bandelettes et la cabane de Pascal Tassini qu’elle compare à un Merzbau. Ceci malgré des références un peu appuyées à Henri Focillon.
Bruno m’a tout l’air de recycler des infos qu’on a déjà lues sur son site.
Ce que j’ai préféré c’est le papier de Débo relatif au «travail d’Alexis Lippstreu» parce qu’à côté d’une simple étude de cas, elle s’attaque bravement à la question du faux mimétisme dans l’art brut. C’est à dire à cette capacité qui est la sienne de s’affranchir des influences par un véritable travail de transmutation.
«Un Gauguin par Lippstreu n’est plus un Gauguin mais un Lippstreu» conclut Déborah Couette et ça veut tout dire.
Sur le front des revues, signalons le retour -mais oui!- de L’Œuf sauvage. Vingt ans après, le mousquetaire Claude Roffat refait l’Œuf! Il sort -comme si l’eau n’avait pas coulé sous le pont Mirabeau- non une nouvelle mouture mais bien le n°10 de sa sauvagine revue! Le jarret est bon et le poignet ferraille quoiqu’avec moins de vélocité. L’avenir serait-il dans les œufs? On verra.
Ce numéro au parfum revival ne séduira pas que les nostalgiques ou les dénégateurs de temps qui passe. Les amateurs de cas plus récents pourront s’intéresser aux émouvantes convocations mortuaires des dessins de Ghislaine dont la lucidité terrible et désespérée crépite comme une flamme sous l’effet de l’oxygène existentiel.
Je vous en aurais bien dit plus sur ce come back et sur le contenu de ce numéro qui tourne le dos à une si grande plage de silence mais Alain Paire vient de poster à ces propos une de ces notes définitives dont il a le secret. Le mieux est de lui rendre visite.
11:21 Publié dans art brut, De vous zamoi, Gazettes, Jadis et naguère, Miscellanées | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : création franche, art brut, art-thérapie, déborah couette, teresa maranzano, dino menozzi, bruno montpied, giulia zini, pascal tassini, merzbau, alexis lippstreu, paul gauguin, l'oeuf sauvage, claude roffat, ghislaine, alain paire |
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14.01.2012
Métamorphoses et regards
Clovis et Pol. Pol et Clovis. Attention : gardez le carton. Le carton d’invitation à l’exposition de la Galerie Maeght. Il sera collector.
Et pointez vous jeudi, le 19 janvier 2012 de 6 pm à 8 pm, rue du Bac au 42, près du magique taxidermiste Deyrolle 
(je dis ça pour ceux qui seront arrivés en avance). Pour ceux qui arriveraient en retard ou pour celles qui en profiteront pour s’offrir un petit balthazar intime
avec leur(s) chéri(s), c’est pas loin non plus de la super brasserie 1900 baptisée Les Ministères car on trouve beaucoup d’immeubles officiels par là.
C’est dire que le coin ne fait pas purée, à une petite cuiller du boulevard Saint-Germain. Que nos Animuliens étrangers ou provincialiers en visite à Paris se rassurent donc. L’expo s’intitule Métamorphoses et regards, photographies et ça fait pas de mal de voir Clovis Prévost dans les beaux quartiers. Je vous parlais de Pol Bury parce que la photo choisie pour nous entraîner au spectacle provient du tournage de 8500 tonnes de fer, un court métrage expérimental réalisé en 1971 par CP et PB. Je vous dis pas qui est Pol Bury. La honte sur vous si vous savez pas mais je vous dis que 8500etc. est un cinétique hommage à la Tour FL. Que vous vous serez faite dans la matinée avec vos chers bambins, chers amis de Cahors, de Libourne, de Niort, de Villeneuve d’Ascq.
Clovis Prévost photographie la Tour comme Bill Brandt photographiait les corps sur la plage. De près et en détail, il scrute la dentelle d’acier, révèle son côté arachnéen comme une encre de Madge Gill. En résultent d’étonnantes distorsions à la Kertesz où le miroir déformant capte les sinuosités végétales de ce toujours étrange monument populaire qui exerce de par le monde une influence certaine sur l’imagination de bien des créateurs autodidactes.
Monsieur G.
Ceci pour dire que Clovis Prévost possède, sans avoir l’air d’y toucher, une façon toute personnelle de lier par un fil de rêve des choses de la meilleure culture et des apports de l’art brut. Non seulement en s’attachant aux formes mais aussi en s’autorisant cette empathie discrète et légèrement en retrait qui lui font témoigner en live du travail de Miro, Ubac ou Calder aussi bien que de celui de Monsieur G. ou de Robert Garcet, édificateur d’une autre tour apocalyptique, celle d’Eben Ezer, près de Liège en Belgique.
De ce point de vue, les images de Clovis Prévost ont le mérite de témoigner du style du photographe sans prendre la vedette à ceux qu’il portraiture. Clovis Prévost possède l’art de créer une proximité avec les grands artistes qui lui vient de son intérêt pour les «petits» créateurs. Les «icônes» ou les «hommes du commun» c’est tout un pour lui.
Clovis Prévost ne place pas le spectateur dans une attitude de révérence intimidante et ça nous soulage de quelques kilos de carapace. On appréhende, l’esprit léger, les univers de Ferdinand Cheval, Antoni Gaudi, Jacques Monory. Voyez le texte du carton pour les autres cas.
Y figure aussi le ministre André Malraux. L’exaltation dalinienne de celui que les caricaturistes baptisaient «l’esthétique tranquille», exaltation qui culmina en 68 dans une fameuse manif gaulliste en compagnie de «Michou lapin» (Michel Debré), est parfaitement saisie au vol par l’objectivité douce de cet observateur-témoin hors pair : Clovis Prévost.
17:55 Publié dans art brut, Expos, Images | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : clovis prévost, pol bury, monsieur g, robert garcet, ferdinand cheval, andré malraux, galerie maeght |
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10.01.2012
Animula à la loupe
Cette fois ci, je l’ai pas loupé. Les circonstances étaient propices : pas de pluie, assez de lumière, j’avais mon petit kodak, même mon iphone je l’avais pas oublié. J’aurais pu lui tirer deux fois le portrait à cette loupe de mon quartier qu’un arbre un peu exubérant s’emploie à faire grossir d’année en année.
Dernièrement un petit malin l’a customisée dans le genre arcimboldesque léger; et j’ai trouvé ça revigorant, ce ready made naturel aidé.
10:59 Publié dans De vous zamoi, Glanures, Images, Poésie naturelle | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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08.01.2012
Art brut : le Monde des bons apôtres
Timberlake a une fiancée. C’est la presse people qui le serine. Pas Le Monde.
Le Monde, depuis 1968, est un journal sérieux. Il se consacre aux sujets qui en valent la peine.
C’est pourquoi il est en passe de devenir l’organe officiel de l’art brut.
Je plaisante bien sûr mais le fait est que depuis que la boîte de Pandore lui a été ouverte par la voie de l’innocence (voir ma récente note intitulée Canardage et canotage), Le Monde s’adapte, Le Monde s’art-brutise. Le Monde s’engage, sous la plume de Patrick Martinat, pour le sauvetage des environnements d’art brut «en voie de disparition, voire déjà disparus».
Y compris ceux qui ne sont pas encore édifiés comme le tonitruant Colossal de Danielle Jacqui.
L’article de Patrick Martinat est paru dans l’édition en ligne du 7 janvier 2012. Il est écrit dans la foulée de ceux de Christophe Donner :-) et de Philippe Dagen :-( dont j’ai parlé dans mes posts précédents, le 29 déc. 2011 et le 1er janvier 2012.
C’est dire que Patrick Martinat a dû parer au plus pressé. Il a donc eu recours -faute de pouvoir se ménager les services de Jean Dubuffet, André Breton ou Claude Lévi-Strauss- au «critique Laurent Danchin» qui n’est pas homme à laisser sa part aux nouveaux spécialistes de la solubilité : Phil Dagen and Chris Boltanski pour ne pas les nommer.
Laurent Danchin possède d’impressionnants états de service et Patrick Martinat nous rappelle qu’il n’hésite pas à en faire état. Il se considère depuis 40 ans comme «le défenseur des créateurs oubliés». Exemple : «Après la mort de Chomo, nous avons réussi à mettre ses œuvres à l’abri (…)» dit-il. Un «nous» de majesté sans doute? Rappelons pour mémoire que Laurent Danchin fut l’expert de la vente publique des œuvres de Chomo.
Une façon comme une autre de les préserver sans doute? Les Animuliens apprécieront. Grâce à cet expert, «les anecdotes font cortège» nous dit avec soulagement Patrick Martinat. Et les légendes aussi sans doute.
Celle qui romantise la fin de Marcel Landreau notamment : «A la fin de sa vie, il a dû se résoudre à vendre sa maison, son œuvre, à un acquéreur qui avait promis d’entretenir le lieu… Et qui a tout démoli au bulldozer (…).
Si Patrick Martinat avait eu le temps d’aller sur Gougueule pour vérifier cette information fausse, il serait tombé sur mon blogounet où il aurait pu constater que Marcel Landreau avait pris soin d’emporter dans sa retraite un nombre non négligeable de ses sculptures en cailloux qui ont été retrouvées récemment, non par un grand spécialiste de l’art brut mais par un antiquaire talentueux : Freddy Tavard.
12:57 Publié dans art brut, De vous zamoi, Ecrits, Gazettes, Sites et jardins | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : art brut, journal le monde, patrick martinat, christophe donner, philippe dagen, laurent danchin, chomo, marcel landreau, le caillouteux, freddy tavard, danielle jacqui |
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04.01.2012
Jean L’Anselme a passé l’Arme à gauche
Il m’avait donné son Caleçon. Il aurait donné sa chemise. A qui aimait sa poésie, il aimait faire cadeau d’une dédicace, d’un bon(bon) mot, d’une de ces rares plaquettes qu’il sema tout au long de sa trop courte vie de nonagénaire impénitent.
Grâce à Jean Dubuffet, il avait appris à écrire de la main gauche et il signait de la main droite pour André Breton.
La couverture de sa Sourieuse rose avait un peu pâli mais c’est toujours avec plaisir, avec une émotion toujours légère, parce qu’amusée, que je passais le plumeau sur son œuvre. Pas de grand ménage sans que je ne caresse quelques uns de ses livres, dotés d’une étagère restée accessible dans ma bibliothèque surpeuplée. Et dans mon cœur d’artichaut toujours prêt à lui faire des infidélités avec Norge, Verheggen, Ian Monk ou Louise de Vilmorin.
Ce matin encore, j’avais joué du Tambour, un robuste volume noir à la typographie blanche. Blanche comme la chevelure généreuse de l’auteur par laquelle on aurait voulu tirer quelque chose de cette sagesse dérobée, glissante, électrique qui caractérisait ses «bêtises», ses poèmes d’un «vieux con comme la lune», ses pensées d’un ex-enfant triste et d’un petit annonceur de bonheur de la langue.
«Le cyclamen n’est pas un vélo de curé, comme on pourrait le croire» lui arrivait-il de dire et je ris à l’idée de ce que cette phrase pourra produire là où il est maintenant et là où nous nous dirigeons tous.
Né le dernier jour de l’année 1919, Jean-Marc Minotte s’est éclipsé –dernier clin d’œil– l’avant-dernier jour de 2011. Permis de rire, défense de pleurer! On ne pleure pas un homme qui écrit : «Le laid n’est pas si moche, c’est pas ce qu’il y a de pis, c’est avec du laid que je fais mon beurre».
On l’applaudit. Applaudissons, polissons, calissons Minotte.
Jean-Marc Minotte dit Jean L’Anselme pour la poésie.
23:55 Publié dans Ecrits, In memoriam, Lectures, Ogni pensiero vola | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : jean l'anselme, jean-marc minotte |
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01.01.2012
Bonne et heureuse miscellan(n)ée 2012
C’est toujours pareil les nouvels ans. Il faudrait pétiller comme un feu d’artifice sur les Champs-Elysées quand on n’a qu’une envie : s’effondrer devant la TV pour revoir Le Voyage de Chihiro en VO sous-titrée.
Arigatô cependant à tous les courageux Animuliens qui m’abreuvent déjà de leurs vœux les plus machins et trucs. Mention spéciale, cette année encore à Edmond Thomas des Editions Plein Chant qui sort pile à l’heure 2 p’tits bijoux pour sal(u)er 2012.
Je voudrais répondre à tout le monde et laisser des traces de rouge à lips sur les joues des milliers de cliqueurs qui m’ont gratifiée de leur visite ces jours-ci mais je suffirais pas à la tâche.
Et puis, question vœux, je ne saurais faire mieux que Les Beaux dimanches.
Quant aux bonnes résolutions, c’est du côté de celles d’Eric Poindron que je vous invite à vous tourner.
Je me suis contentée d’ajouter la mienne en commentaire. Faites-en autant pour nous montrer si vous débordez d’optimisme ou si vous vous vautrez dans le blues comme mon daddy. Déjà qu’il avait eu du mal à se convertir à l’€, il y a 10 ans, vous pensez s’il ronchonne quand on lui prédit maintenant un retour au F. Pour le consoler, je lui ai offert un porte-monnaie de Milshtein, minuscule ouvrage de gravures sur pièces de monnaie fabriqué en 1974.
Car des sous, on va en avoir besoin. Des gros, des bons, des véritables. Pas de la fausse monnaie déguisée en louis d’or. Pas des roupies de sansonnet mélangées à quelques pépites incontestables pour donner le change.
Sans transition, comme disent les journalisses, je ne saurais commencer cette année pleine d’incertitudes sans pointer vers un nouvel article de notre nouveau grand ssspécialisse de l’art brut : Doc Dagen himself qui a découvert le Méga-Storr dont il m’est arrivé de vous toucher plusieurs mots en 2011, 2010 et même 2007.
Je dis : Docteur Dagen parce que la conversion de celui-ci à l’art brut de son ex-«ennemi» : Dubuffethévoz (conversion relatée par Animula le 2 déc. 2011) ne va pas sans retour du terrible Mister Philippe d’antan. En clair : Dr Dag soutient l’art brut avec le même brio que la corde qui soutient le pendu.
Lisez bien son papier sur Marcel Storr. Vous apercevrez qu’il est construit pour amener une petite phrase peau-de-bananesque qui en dit long sur les positions de l’auteur. Je cite : «Des notions du genre ''art brut'' ou ''art des fous'' avouent leur indigence devant de tels travaux».
Positions ou intentions pourrait-on dire car il va de soi que le concept d’art brut n’a jamais rien avoué de tel à qui que ce soit au sujet des créations (travaux en sabir art-contemporain) de Marcel Storr ou d’autres gaillards de son calibre.
Bonne année cependant au Monde (le journal et l’autre)!
Et bonne année à Yvette Horner que Marcel Landreau avait raison d’aimer.
J’ai plaisir à terminer cette note sur sa phrase sans équivoque : «Que l’on sache que je ne soutiens personne car la musique ne se récupère pas. Elle appartient à tous».
17:25 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : le voyage de chihiro, edmond thomas, les beaux dimanches, eric poindron, milshtein, marcel storr, philippe dagen, yvette horner, marcel landreau, 2012 |
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29.12.2011
Canardage et canotage
Je suis pas la seule à canarder.
En complément de ma récente note sur le chapon de Noël, ma copine Hélène a cru bon de me signaler un article super intelligent de Christophe Donner paru le 23 décembre 2011 dans la rubrique «magazine» du journal Le Monde en ligne.

Donnerwetter, ce que je me suis dilaté la rate en lisant ce papier intitulé L’innocent accroché aux murs !
Heureusement que j’étais assise, j’aurais pu tomber sur le derrière à l’évocation de cette soirée de canotage parisien

10:59 Publié dans art brut, De vous zamoi, Gazettes, Jeux et ris, Parlotes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : christophe donner, josef hofer, art brut, art contemporain, critique d'art, galerie christian berst, christian boltanski, philippe dagen |
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27.12.2011
L’info qui venait du nord
Coucou, mes ch’tits loups ! L’information aujourd’hui vient du nord. D’Ixelles, très exactement, commune de Bruxelles-capitale. D’Ixelles qui mériterait de s’appeler XXL puisque son musée accueille rien moins que Dubuffet architecte.
Ixelles ou Elsene (que les Animuliens flamands m’excusent de ne pas savoir faire de jeu de mots dans leur langue) : demeure des aulnes selon wiki. C’est joli et c’est une bonne idée de cibler, avec cette exposition qui va durer jusqu’au 22 janvier 2012, l’activité bâtisseuse de notre Jeannot national.
Tout le monde peut pas marcher à l’ombre des arbres de la Chase Manhattan Bank à New York ou faire du remue-méninges dans le Cabinet logologique de la Closerie Falbala à Périgny-sur-Yerres.
Aujourd’hui, grâce aux Ixelliens ou aux Elseneuriens, c’est 120 réalisations dubuffetiennes qu’on peut embrasser (smack !) d’un coup : plans, maquettes et œuvres originales.
Smack! aussi au MFPE (« Musée Familial Par Excellence »), autrement dit le LaM de l’autre côté de la frontière. Pour la fin de l’année, La Voix du Nord nous gratifie d’un entretien souriant de Sophie Lévy, sa directrice. Elle a du mérite. Elle turbine grave pour étendre la fréquentation de son musée, effacer l’«image élitiste» qui, selon Laurent Watiez, son interwiouveur, avait été «accolée» à son établissement.
On ne saurait le lui reprocher.

Mais là où il faut carrément féliciter madame Lévy c’est quand elle répond, à une question sur la «cohérence entre les trois sections» (art moderne, art contemporain, art brut), la chose encourageante suivante : «Aujourd’hui, je crois que j’ai arrêté d’essayer de faire la synthèse! Ce dont je me suis rendu compte, c’est que la richesse fait partie de l’identité du musée. Que les gens pouvaient venir en faisant le choix d’une des collections ou de deux. Il ne faut pas systématiquement forcer le croisement».
A bas la synthèse! Vous avez bien lu. On est invité à rendre visite à notre chère vieille Aloïse sans forcément se farcir le tonton Buren. Heureuse nouvelle! A croire que madame Lévy a lu ma note du 2 octobre 2011 (L’Univers peu connu d’Adolf Wölfli) où je me permettais de l’encourager bien poliment à «faire plus confiance à l’art brut».

Si ce n’est pas votre cas,
amis lecteurs, amies lectrices,
il n’est pas trop tard
pour bien faire.
19:35 Publié dans Ailleurs, art brut, Expos, Gazettes, Miscellanées, Ogni pensiero vola | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jean dubuffet, sophie lévy, lam, art brut, art moderne, art contemporain, villeneuve d'ascq, ixelles |
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26.12.2011
Une terrible beauté arrive à sa fin
Vous reprendrez bien deux ou trois oies pour la route? Alors voici celles-ci dessinées au pochoir sur peau de phoque par des Inuits dans les années soixante du siècle dernier. Sont-elles pas mimi? On sent que ces gars-là ont la forme dans la tête.
J’ai trouvé ce dessin au milieu d’autres bien chamaniques dans un numéro de Graphis (N°108-1963–vol.19), un superbe canard d’arts graphiques et d’arts appliqués qu’on m’a offert hier, sachant mon goût pour les eskimos glacés.
Car j’ai été blindée de Kdo figurez-vous. C’est un peu tard d’accord mais c’est toujours comme ça : à peine on vient de pondre une note que le hasard vous donne du rab de doc.
C’est un peu tard aussi pour vous orienter sur la Biennale de Lyon 2011 qui se termine le 31 de ce mois de décembre. C’est la 11edu genre et cette fois-ci elle pousse ses ramifications jusqu’à Vaulx-en-V’lin comme on dit là-bas.
Si je vous en parle c’est parce que parmi cette «terrible beauté» qui est née côté Rhône-Saône, Victoria Noorthoorn, l’argentine commissaire de cette manifestation qui ambitionne de «restaurer un dialogue de proximité entre les œuvres, les artistes et le spectateur» (propos de VN recueillis par Geneviève Nevejan dans la Gazette de l’Hôtel Drouot du 28 oct. 2011) n’a pas craint de s’autoriser un petit coup d’art brut avec Arthur Bispo do Rosario.
Une image de veste décorée par lui, trouvée dans la blogosphère en dira plus aux régionaux de l’étape qui trouveraient encore moyen de se rendre à la Biennale.
Excusez du peu, j’ai pas le temps de faire mieux. Si je tarde à poster vous en prenez pour deux ans.
11:11 Publié dans art brut, Blogosphère, Expos, Gazettes, Images | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : art brut, arthur bispo do rosario, biennale de lyon, victoria noorthoorn, revue graphis, art inuit |
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24.12.2011
Noël au chapon, Pâques au pilon
De l’art brut qui n’est pas de l’art brut, de l’air mille fois respiré qui se prend pour le vent du large… l’année se termine sans casser trois pattes à un canard.
La chose serait un brin déprimante s’il n’y avait le chapon de Noël.
Farci, rôti, au four, laqué, cocotte, mâtiné cochon d’Inde, je ne sais pas si vous avez remarqué mais le chapon ces temps-ci a définitivement détroné l’oie.
Certes il n’a pas cette allure farouche qu’on observe chez ce noble palmidède quand il est dessiné par le caricaturiste Jossot mais il se pousse bougrement du col aujourd’hui que nous n’avons plus de Capitole.
C’est compréhensible d’ailleurs. Une oie c’est long à engraisser, fatigant à promener, lourd pour nos petits estomacs ravagés par les antibiotiques. Et puis ça a mauvais caractère. Le marché ne saurait se satisfaire d’un produit si aléatoire, si difficilement prévisible, si peu standardisable. Place au chapon donc, pourvu qu’il fasse semblant de tortiller du croupion.
Déjà les ateliers, les festivals, les musées de l’art chaponnier fleurissent. Toute la France va bouffer du chapon jusqu’à plus soif si ça continue. Et je vais chaponner ce soir moi aussi avec mon daddy, mon chéri-que-j’ai et deux ou trois animuliennes de choc.
Pour m’habituer à l’inévitable car il n’y a rien à faire contre un phénomène de mode quand il est porté par d’aussi puissantes raisons économiques.
Il reste certes de vaillants établissements où de jeunes chefs talentueux continuent de mitonner d’authentiques oies sauvages mais on les sent travaillés par la pression de l’opinion publique instrumentalisée par le spectacle culinaire.
Même s’ils savent bien où est la qualité, même s’ils proclament haut et fort (pub gratuite pour mon hébergeur) que le doute ne s’installe nullement sous leur toque, ils n’en cherchent pas moins la bénédiction de la critique gastronomique officielle depuis toujours spécialiste de l’enfumage… de l’oie.
Car on n’en est plus, dans ces sphères médiatiques blanchies sous le harnois, à nier comme jadis l’existence de ladite oie. On s’emploie activement au contraire à lui faire les poches en proclamant sur la place publique son équivalence avec le chapon cholestérique. Le but de la manœuvre est évident : obtenir une modification du goût en faveur du poulaga privé de coucougnettes.
S’y prêter sous prétexte de largeur de vue «anisotropique» (une variété d’opportunisme ?) relèverait d’une touchante candeur. On ne peut à la fois prétendre faire de l’entrisme sur la scène de la grosse cuisine contemporaine et introduire le renard dans le poulailler.
Même quand celui-ci se déguise en humble disciple de l’oie. A moins, bien entendu, de se faire l’apôtre d’une pensée unique qui n’a d’autre argument que la stigmatisation grondeuse du soi-disant «clergé» animanichéen qui persiste à soutenir qu’une oie est une oie. J’interromps là mon cacardage.
Non sans finir ce jeu de l’oie sur une note optimiste.
Tout ce buzz alimentaire signe le retour de l’oie libre à la clandestinité. Et rien ne lui va mieux au teint. Les vrais amateurs s’en réjouiront. Ils s’élancent déjà derrière elle dans les prés.
16:00 Publié dans art brut, De vous zamoi, Nos amies les bêtes, Ogni pensiero vola, Parlotes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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18.12.2011
Un Noël brut et jazzy
Pas de doute Noël approche. Pour ceux qui en douterait, ma voisine encombre les parties communes avec des sapins décorés de boules rouges. C’est pas pratique quand on descend sa poub mais c’est bien sympa quand même. Et puis on a envie de déposer des cadeaux à leurs pieds.
Personnellement j’ai choisi un beau livre, de 400 pages et des, sur le jazz qui vient de sortir. Publié aux Editions Félin, sous la direction de Francis Hofstein, critique musical -et psychanalyste, s’il vous plaît- il m’a sauté dans l’œil à cause de sa couverture à rugir (groarrr !) de plaisir.
On y est interpellé quelque part par une statuette en fer forgé d’une facture intéressante et pour cause puisqu’elle est de Thornton Dial, grand créateur noir d’Alabama.
Normal, puisque cet ouvrage collectif (second volet d’une somme inaugurée en 2009) est centré sur l’art qui tourne autour du jazz. L’appétissante table des matières nous aguiche avec le titre de la contribution de Greg Tate sur Thornton Dial «libre, noir et éclairant les ténèbres».
Sur ce peintre, assembleur et sculpteur très important, je vous en ferai pas des tonnes étant donné que vous pouvez facilement éclairer votre lanterne ici ou là sur le web. Je me contenterai de vous attirer sur quelques images.
Thornton Dial me paraît bien avoir commencé dans la plus pure ligne de l’art brut mais aujourd’hui que l’art brut est sommé, par ses partisans même, de devenir une tarte à la crème contemporaine pour matinées conférencières, je ne suis plus sûre de rien.
C’est égal, self-taught, outsider, folk artist, ou « artisse » avec un grand A comme argent, Thornton Dial vaut le détour et un petit coup de blues ne saurait lui faire de mal.

Chez Thornton Dial - Photo ©IMA
21:36 Publié dans Ailleurs, art brut, Ecrits, Lectures, Zizique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : art brut, thornton dial, jazz, francis hofstein |
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