11.04.2012
Le pasteur perché
J’investis dans l’immobilier. Non, je déconne. J’investis dans Jésus. Nan... Je bouffonne tout pareil. La vérité c’est que je suis tombée sur un article en ligne de La Vie. Pas La Vie catholique, La Vie immo.com (Le portail de l’immobilier). Une fois n’est pas coutume. C’est bien la première fois que je trouve une info valablement animulienne sur la bande passante de Yahoo! France qui ne me refile d’ordinaire que des tuyaux sur les candidats, les people et les joueurs de baballe.
Cet article de Badr Lebnioury, qui cite comme source le journal britannique The Sun, nous apprend qu’un gars du Tennessee (la patrie de Davy Crockett) vient de se construire dans les arbres une cabane d’enfer avec terrain de basket incorporé.
Ph J. Stephen Conn
Avec ses 900 mètres carrés, ce prédicateur de Crossville peut jouer les «barons perchés» (comme dit Italo Calvino) avec sa daronne puisque cette construction extraordinaire lui a été offerte en cadeau.
Exceptés les milliers de clous, les matériaux utilisés par le bâtisseur américain (bois de récupération issu de vieilles granges et hangars, matériaux hétéroclites du genre plaques minéralogiques) font penser, bien sûr, à ceux du Québécois Richard Greaves.
Mais la comparaison s’arrête là. Pour impressionnante qu’elle soit, la bâtisse géante d’Horace Burgess (c’est le nom du charpentier américain) a tout de même un côté plus «sage», moins «décalé» que celles de Greaves qui demeure le champion de la beauté à la limite de l’équilibre.
Cela tient peut-être à ce que Burgess est aussi un architecte-paysagiste. Quelque chose de raisonné qui vient du métier se sent chez lui.
Encore faut-il préciser que la tâche impossible, à laquelle il s’est attelé en 1993, lui a été inspirée directement par «le Tout puissant» qui a promis de lui filer un coup de main pour qu’il ne manque jamais de matos.
En reconnaissance, Horace, en vrai land artist, a écrit JESUS à la tondeuse dans son gazon (béni).
L’article est illustré par une photo de J. Stephen Conn prise en octobre 2011. Il renvoie à une galerie de 12 beaux clichés dans laquelle je pioche respectueusement et parcimonieusement pour vous donner envie de voir la suite.
La cabane vue de Google Earth
13:26 Publié dans Ailleurs, Glanures, Sites et jardins | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : horace burgess |
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20.02.2012
Un dimanche à Versailles
Je hais les dimanches. Alors je prends le train et je vais à Versailles. Mais j’ai horreur du château. Il me rappelle ce mot de Fénelon (aperçu sur le blogue de Thierry Savatier) reprochant à Loulou le 14e d’«avoir appauvri la France entière, afin d’introduire à la cour un luxe monstrueux et incurable».
Plutôt que ce soit-disant vénérable édifice, je visite les pâtisseries qui sont super à Versailles. Je bois du chocolat. 
Mais j’ai beau faire, à Versailles on retombe toujours sur les canassons.
Inimaginable le nombre de bâtiments qui servaient de garages à dadas.
Ecuries de la Reine par ci, écuries de Monsieur par là.
On imagine le crottin? Qui le ramassait? L’homme du commun. Aujourd’hui désoeuvré, celui-ci en est réduit à rêver d’amour et de voyage. Il s’épanche sur les murs.
Les murs de la Maréchalerie, par exemple, qui abritent le Centre d’Art Contemporain de la ville. On trouve plus à Paris de tels graffiti gratouillés à la pointe. Le temps manque dans la Capitale. On y préfère les bombages. Récemment, j’ai tweeté une licorne de trottoir mais elle n’a pas passionné les foules. J’aurais peut-être plus de chance en mettant cet avion sur mon blogounet.
00:05 Publié dans De vous zamoi, Glanures | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : graffiti, versailles |
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10.01.2012
Animula à la loupe
Cette fois ci, je l’ai pas loupé. Les circonstances étaient propices : pas de pluie, assez de lumière, j’avais mon petit kodak, même mon iphone je l’avais pas oublié. J’aurais pu lui tirer deux fois le portrait à cette loupe de mon quartier qu’un arbre un peu exubérant s’emploie à faire grossir d’année en année.
Dernièrement un petit malin l’a customisée dans le genre arcimboldesque léger; et j’ai trouvé ça revigorant, ce ready made naturel aidé.
10:59 Publié dans De vous zamoi, Glanures, Images, Poésie naturelle | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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27.11.2011
Un trio bien cimenté
Une «charmante girafe qui semble sourire et qui orne le perron d’une humble bicoque». Une girafe blonde à l’ombre d’une espèce de château sadien à l’architecture constructivico-atomique.
Telle est la gracieuse image que nous fait parvenir un de mes «fidèle et dévoué chien truffier en pérégrinations videgreniesques» pendant le ouikène du 11 novembre.

Boris Potamoi -puisque c’est encore lui le dénicheur- l’a prise dans un village perché des Alpes-Maritimes. Qu’un rodailleur croise un rocailleur c’était fatal. Le papa de la girafe, «a apparemment fait profiter tout le quartier de son art cimenté», m’écrit Boris, avec de gros points de suspension dans le clavier.
«Pas mal de rocailles et seulement trois animaux visibles» ajoute-t-il. Outre la girafe, un élégant cerf gris-rose et un crocodile mince et long comme un tuyau d’arrosage.
De grandes arches inutiles surplombent la petite maison de la girafe protégée par de hauts murs.
L’impressionnant décor industriel est imbriqué ici avec une ambiance ruralo-pavillonnaire bon-enfant.
Selon Boris qui ne désespère pas qu’il y ait sur ce petit site d’autres animaux poids lourds à découvrir , son propriétaire «doit sûrement être un homme charmant». Il était ce jour-là momentanément absent mais ses voisins n’ont pas infirmé cette impression.
16:20 Publié dans art brut, Glanures, Sites et jardins, Vagabondages | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : environnements populaires spontanés |
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31.08.2011
Un jardin en cravate et lunettes noires
Du bord des routes, l’été nous gratifie de ses trouvailles. Cela fait longtemps déjà qu’on voulait s’arrêter dans ce village tout en longueur où d’ordinaire on ralentit devant une maison toute fleurie agrémentée d’un jardin extraordinaire.
Les automobilistes sourient et oublient. Pas Bertrand Lacy qui a décidé un jour d’y revenir avec son appareil photo parce que l’endroit lui faisait penser à son peintre en sabots préféré. Bertrand Lacy qui aime Chaissac et ce coin de Vendée en bordure du Marais poitevin où volontiers il villégiature. Collectionneur, artiste et comédien, comment serait-il passé sans remarquer ce petit chef d’œuvre d’art topiaire aidé?

La dame qui habille si gentiment ces créatures végétales délicates sacrifie, avec une grande élégance personnelle, à une tradition de buis taillés, toujours vivace dans le pays. Elle est très gentille et accueillante pourvu qu’une barrière la sépare de son interlocuteur.
Même si celui-ci n’a rien d’intrusif et qu’il s’exprime avec des mots simples et justes : «Il est toujours bien agréable de rencontrer au détour d’un petit village, des brins de poésie…». J’extrais cette phrase d’une carte postale virtuelle que Bertrand Lacy a choisi d’envoyer à Animula Vagula parce que ça lui fait «juste plaisir de transmettre (…)».

Merci à lui pour ce geste et merci pour son sens du respect. Quelques contrariétés de voisinage ont rendu un brin méfiante la personne qui est à l’origine de ce jardin en cravate et lunettes noires.
Loin de s’en plaindre, Bertrand a trouvé que ce fait anecdotique «rendait son jardin encore plus piquant et intéressant». Et je l’approuve, nom d’une petite âme errante !
23:08 Publié dans Glanures, Sites et jardins | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : art topiaire, environnements populaires spontanés, habitants paysagistes |
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18.08.2011
Adieu prison, bonjour palace
La zonzon d'Avignon, plus personne n'y tourne en rond. Le 30 mai 2010 déjà, je vous en avais touché deux mots mais par ouï-dire. Cette fois-ci c'est en live que je vous adresse quelques images du mur votif de la rue Banasterie prises en ce mois d'août 2011.
Il s'est un peu dégradé depuis et seules les niches du haut sont encore occupées mais il a de beaux restes.
Bientôt la zonzon d'Avignon sera convertie en hôtel 5 étoiles.
Les people festivaliers pourront remplacer les damnés de la terre, protégés du vulgum pecus par de hauts murs, des chevaux de frise et des caméras partout. Bonjour l'ambiance.
En attendant des photographes ont organisé une expo couleurs de plein air sur les murs extérieurs de la maison d'arrêt.
Cela m'a rappelé les clichés qu'un petit débrouillard de mon équipe était parvenu à sortir de l'intérieur de l'univers carcéral avignonnais quand celui-ci avait été désaffecté, vers 2003, je crois.
"A la fin, ils laissaient les détenus s'exprimer sur les murs", me disait Boris, mon reporter de choc. Je vous laisse juges du résultat.
Autre ambiance mais qui vaut bien la précédente! Pour ce bon mouvement, Boris méritait d'avoir sa rue. C'est fait!
19:20 Publié dans Glanures, Poésie naturelle | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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24.07.2011
Le Tour de France par la grand’route et les chemins creux
Le Tour de France s’achève et je vous ai pas parlé du Tour de France. Je vous parle jamais du Tour de France. Il est temps que ce scandale cesse. Le Tour de France n’est-il pas une dérive comme une autre? Je ne saurais donc vous en vouloir, mes sœurs animuliennes, si vous avez eu tendance à déserter mes lignes pour aller jouer les groupies sur les pentes du Galibier.
Pour vous changer de l’éternelle littérature blondinienne sur le sujet, je vous ai sorti de la naphtaline une strophe de Maurice Hallé, poète-chansonnier d’Oucques dans le Loir-et-Cher. Pote au fameux Gaston Couté, il sévissait comme lui dans le Montmartre de la grande époque, publiant à La Vache enragée, éditeur et cabaret.
Le titre de cette pièce ? Les Coureux , ce qui dit bien ce que ça veut dire :
«J’les avins vu sur le grand’route,
Passer en huit ou dix p’lotons,
Même qu’ien a qu’avaient d’la goutte
Su leux guidons, dans des poch’tons.
D’leus sacs, i’s tiraint des p’tit’s fioles,
I’s mettaint ça au bord… du creux.
Pis i’s s’enfilaint la bricole.
Ah ! que l’diabl’brul’ben les coureux!»
Bon, c’est en patois beauceron mais j’adore ça qu’on triture not’ bô langage françois et les poèmes qu’on comprend pas tout de suite. C’en est plein dans le recueil de Maurice Hallé, publié en 1921 et illustré par Germain Delatousche, un vaillant graveur sur bois un peu anarcho su’ les bords. Par la grand’route et les chemins creux que c’est son titre.
Tout un programme pour un été sous le vent de l’art brut, non?
Après Dicy, après Laduz, après Versailles et Malakoff, Mauriac, Bègles et Batz-sur-mer, après Martizay, je continue donc mon Tour de France à moi par le musée Fenaille à Rodez ous’que je vous engage vachement à voir (et jusqu’au 30 octobre, couac le flyer oublie de l’indiquer) les monstres élégants de l’expo Louis Pons, la plume est le dard du dessinateur.
Je vous engage et je suis pas la seule puisque monsieur Benoit Decron n’a pas hésité à changer son braquet soulagesien pour en faire de même.
16:38 Publié dans Ecrans, Expos, Glanures, Miscellanées | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : tour de france, le galibier, la vache enragée, maurice hallé, patois beauceron, germain delatousche, louis pons, la plume est le dard, musée fenaille |
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17.07.2011
Le sabotier de Martizay
L’amusant avec mes farfouillages sur les musées autodidactes disparus, c’est qu’une chose en entraînant une autre, je visite par la pensée des tas de charmants petits bleds que vous rencontrerez peut-être pendant vos pérégrinations estivales.
Aujourd’hui, c’est Martizay dans l’Indre (36220), porte d’entrée de La Brenne aux jolis étangs. Comment suis-je arrivée là, aux frontières Berry/Touraine?
Par Jules Sincère, figurez-vous, l’auteur du bouquin dont je vous ai causé dans mon précédent post. Comme ce Sincère a eu la bonne idée de dédicacer de son vrai nom (Allély) mon exemplaire des Amants de la mer, je me suis lancée sur sa piste.
Manque de bol, Allély est un nom répandu dans la région berrichonne et j’ai fait tintin.Non sans faire connaissance au passage avec un certain Robert Allély, sabotier de son métier et sculpteur amateur qui réalisait, à côtés des sabots utilitaires «de véritables œuvres d’art».
Du moins, c’est le Bulletin n°5 des Amis du vieux Martizay (nous y voilà), paru il y a 10 ans, qui nous l’apprend. Pas d’images à se mettre sous la dent malheureusement, à part cette repro pas fameuse d’un étonnant sabot-crocodile.
Il y en a peut-être d’autres à l’intérieur du bulletin mais je n’ai pas le temps de me le procurer. A supposer qu’il ne soit pas épuisé. Mais là aussi, il se pourrait qu’il existe des cartes postales car on avait l’air de prendre au sérieux les coutumes populaires à Martizay.
Alors, messieurs les cartophiles, un coup de pouce siouplait !
16:34 Publié dans De vous zamoi, Glanures, Jadis et naguère, Musées autodidactes disparus | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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16.07.2011
Musée autodidacte disparu : Batz-sur-mer
Aux amants de la mer : le titre m’a paru tomber pile en ces temps vacanciers où les apollons des plages et les sirènes de piscine ne songent qu’à se mouiller le string ou l’itsy bitsy petit bikini. C’est aussi qu’avec le mauvais goût tordu qui me caractérise, j’ai été séduite par la couverture chromolitho-naïve de ce Guide des baigneurs le long des grèves lorsqu’il m’a sauté dans les bras en criant «maman!» à la dernière brocante où je suis allée traîner mes sandalettes.
Bon, il ne date pas d’hier puisqu’il est de 1896 mais c’est ce qui fait son charme. Alors je l’ai acheté bien que je ne compte pas me farcir les excursions décrites, le grand ouest n’étant pas à mon programme cet été. Seulement, «faut pas être égoïste, ma p’tite Ani!» je me suis dit. Il y aura bien des Animuliens pour faire du camping chez les Batziens. Et ce guide, écrit par un écrivain-voyageur avant la lettre, piquera sûrement leur curiosité.
En effet, parmi les souvenirs de cet aimable Berrichon qui signe du pseudo de Jules Sincère, le très intéressant chapitre 12 les documentera sur Les musées de Batz et l’église. Pouf, pouf. Laissons tomber l’église. N’importe quel dépliant de l’Office de tourisme de Batz-sur-mer, balnéaire station du sud de la Bretagne, vous en dira plus.
Mettons même de côté le musée des «Antiques» de Mademoiselle Pichon. Non sans apprécier au passage les exemples de chansons locales collectées par cette pionnière de la défense du patrimoine immatériel. Si je comprends bien, ses collections de costumes et de meubles de paludiers se retrouvent aujourd’hui peu ou prou au Musée intercommunal des marais salants.
Arrêtons-nous par contre sur le musée de Pierre-Marie Lehuédé (1849-1901), «cordonnier naturaliste» comme il aimait se présenter. Arrêtons-nous et faisons lui une place dans ce Panthéon des musées autodidactes disparus (je sais que mes suceurs de roue vont me piquer l’idée mais tant pis!) où flotte allégremment le parfum de l’art brut dans son état naturel, celui d’avant baptême par Jean Dubuffet.
Le musée de monsieur Lehuédé avait l’air d’un beau capharnaüm dans le genre cabinet de curiosités sauvages. S’y côtoyaient un squelette de vache, ceux d’un squale et d’un boa, des algues, des cailloux du fond de l’océan, des centaines d’oiseaux empaillés, des haches de pierre, des armes celtiques. Ce que j’aurais aimé voir ça même si le cordonnier-savant classait tous ses échantillons avec la précision maniaque de l’époque!
Son jardin minéral, rempli de roches disparates, «artistement superposées», la tombe de Remy, son caniche blanc «entourée de coquillages et de polypes», la façade de sa maison «enjolivée de quadrilatères et losanges en coquillages variés, d’oiseaux de mer aux ailes tendues»… tout me laisse à penser qu’il y a là inspiré sous roche. Bien sûr, il faudrait la confirmation des images mais je n’ai pas trouvé, sur le ouaib, de repros à ce sujet, même dans les sites sur les cartes postales.
Alors, avis aux collectionneurs en la matière! Il s’en trouvera peut-être un pour avoir un document sur le musée Lehuédé dans ses albums.
11:14 Publié dans Glanures, Jadis et naguère, Musées autodidactes disparus, Poésie naturelle | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : musée autodidacte disparu, jules sincère, pierre-marie lehuhédé, cordonnier-naturaliste |
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24.04.2011
Les sylvistructures d’un plombier provençal
«Branchée» comme je suis, il était écrit que je m’intéresserais à la Maison de l’amandier qui regorge de «sylvistructures». Pierre Leron-Lesur, l’inventeur de ce joli mot savant qui désigne des «œuvres originales provenant de la nature» a installé dans sa maison de Saint-Rémy-de-Provence un très captivant musée personnel de poésie naturelle.
Il est constitué de troncs, de loupes et de branches (nous y voilà) aux formes suggestives, aéoridynamiques ou mystérieuses, belles comme tout.
Elles sont pour la plupart empruntées à des amandiers séculaires, morts naturellement, carbonisés par le feu ou détruits par le gel. L’amandier, que voulez-vous, fleurit avant tous ses petits camarades, ce qui lui vaut quelques ennuis en cas d’offensive tardive du froid. Il mérite bien une association pour le défendre et celle-ci loge dans l’ancien Hôtel de Lubières où Pierre abrite cette collection probablement sans égale, constituée patiemment au cours du dernier demi-siècle.
A 88 ans, il reste des heures debout pour recevoir les visiteurs. Puis il glisse en souriant sa longue silhouette un peu voûtée (il finirait presque par ressembler à un amandier!) dans son atelier qu’il appelle pour rire «l’antre du diable».
Dans ce laboratoire, interdit au public mais où il a bien voulu que je le photographie, il socle, cire, rafraîchit et chouchoute ses objets raffinés et subtils que lui prodigue la campagne provençale.
Bien que doté, derrière ses grosses lunettes, d’un «œil» que nombre d’antiquaires lui envieraient, bien que visiblement pourvu d’un goût très sûr, Pierre Leron-Lesur, petit-fils de tonnelier, ne se veut qu’artisan.
Si on lui fait observer que ses sylvistructures sont plutôt des «sylvisculptures», il récuse ce terme carrément.
Il met à ne pas se vouloir artiste la même énergie que mettent certains créateurs d’art brut à refuser tout label d’ordre esthétique. Pourtant il me semble que les objets de sa collection relèvent pour la plupart du ready made et même pour beaucoup du ready made aidé.
Ce que semble dire avec ses mots à elle, Jacqueline de Romilly : «Mais le vrai miracle n’est pas là. Il est dans le fait que ces fragments de troncs morts deviennent entre ses mains, sans qu’il n’y change rien d’essentiel, des œuvres d’art. Il élague seulement; il n’ajoute rien. On pourrait dire qu’il libère la forme encore prisonnière dans le bois».
Au bois, Pierre Leron-Lesur doit la vie et il la lui rend bien. Grâce aux sabots isolants de son grand-père, il a pu échapper à une grave électrocution dans sa jeunesse. Il raconte cet accident et beaucoup d’autres anecdotes pleines d’un savoir technique disparu dans un livre de souvenirs où il fait preuve d’un très moderne sens de la valeur de l’eau : Fils du Rhône, Tribulations et mémoires d’un plombier provençal.
On comprend que son activité professionnelle lui ait permis d’arpenter ce pays qu’il aime et qu’il connait sur le bout des doigts. Il est aussi l’auteur d’un bouquin bien illustré consacré à ses œuvres. Chimères du bois, Les sylvistructures de Pierre Leron-Lesur, tel est son titre.
Il paraît que les magasins Nature et Découverte le vendaient mais maintenant il est épuisé parce que paru en 1994 à 1000 exemplaires seulement. Alors je le cherche.
23:55 Publié dans Glanures, Images, Poésie naturelle | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : pierre leron-lesur, sylvistructures, poésie naturelle, saint-rémy-de-provence, hôtel de lubières, maison de l'amandier |
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