03.07.2012

Plaisirs du Roure

A Avignon, le Palais du Roure se fait désirer. J’aurais bien mis trois ans à le voir. D’abord parce qu’il n’est ouvert que le mardi et puis parce je ne suis pas assez souvent en vacances. Et quand j’arrive en août devant sa porte noire le jour voulu, il est quand même fermé… pour les vacances.

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Pensez donc si votre petite âme errante était joyeuse de le coincer, ces jours derniers où il était miraculeusement accessible au public. Certes, il a fallu se farcir la visite guidée avec doublage en anglais pidgin, traverser des kilomètres de salles aux vitrines vides avec des meubles provençaux qui ne sont pas ceux d’origine mais enfin…

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Cette ancienne demeure d’une huile de la Renaissance, squattée plus tard par les Félibres, a beau être assez austère, elle n’en recèle pas moins une amande dans sa coquille de traditions provençales éternelles. Je ne parle pas des grandes toiles wagnériennes d’Henri de Groux qui a créché là, ni de la Bibliothèque à moitié tombée en poussière du poète Louis Le Cardonnel.

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La patache où Frédéric Mistral a posé ses augustes fesses me laisse froide même s’il a fallu ouvrir le toit pour installer cette diligence (Maillane-Graveson) dans le grenier.

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J’ai peu de goût aussi pour les portraits de Jeanne de Flandreisy, la madame Verdurin de l’endroit ni pour les éperons et la selle de Fosco de Baroncelli qui se déguisait des fois en indien. Mais on est récompensé par une petite pièce qu’on ne visite qu’en dernier (pas très longtemps hélas) et où en en prend plein la vue question ex-votos, paperolles et reliquaires.

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Y aller rien que pour ça ne peut pas nuire à votre réputation d’Animulien de choc.

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Commentaires

Étonnante destinée de ce lieu tellement riche (on ne voit pas tout dans la visite, loin s'en faut), véritable temple de la culture provençale, victime de la désaffection culturo-provençale de la fin du XXe siècle.
Mais, confidence, un nouveau directeur vient d'y accéder...

Écrit par : Michel Benoit | 03.07.2012

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Bonjour, j'étais bien content d'apercevoir les rochers des Mées sur la photographie de votre pare-brise, j'ai très envie d'aller voir l'exposition Jean Perdrizet du musée Gassendi, avec sa désarmante machine à écrire dans l'au-dela. De même les silhouettes des déménageurs qui gravitent autour de Pascal Verbena m'ont bien amusé. A présent, je connais un peu les personnes qui rédigent et qui prennent des photographies chaque fois que je lis le blog animula vagula.

Vous m'avez redonné envie de revoir les ex-voto du Palais du Roure d'Avignon. Henry de Groux n'est pas énormément "wagnérien", c'est plutôt un personnage frénétique et pathétique : il ferrailla avec Léon Bloy, écrivit un journal impossible en 18 volumes, il avait en horreur Cézanne, refusa de participer à une exposition internationale sous prétexte que Vincent Van Gogh y figurait, il lui arriva d'être enfermé dans un hopital psychiatrique italien. Une fois, j'ai eu la chance d'exposer des dessins plutôt beaux qu'il avait griffonnés sur le Vieux Port, des jeunes femmes, des bateaux et des matelots.

Et puis quand je passe à La Roque d'Antheron, j'aime faire un détour pour aller voir sur un bout d'esplanade la silhouette d'un très malheureux Poilu de la guerre de 14 : un Monument aux morts presque hallucinant, une commande publique par extraordinaire faite à De Groux qui vécut misérablement l'essentiel de son existence. J'oserais écrire au risque d'être soupçonné d'incohérence par les gardiens du Temple que ce Monument est presque art brutesque.

Quand même, la prochaine fois, quand vous venez à la galerie, prévenez-moi, amicalement, A.P

Écrit par : Alain Paire | 04.07.2012

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@ Alain Paire

"Art brutesque", je sais pas si on peut pousser aussi loin le bouchon mais le fait est que pour un monument aux morts, celui de La Roque d'Anthéron a l'air assez fantômatique.
Je secoue ma flemme et je vais lui rendre visite!

En attendant, mes lecteurs peuvent se contenter comme moi des Patrimages de la Drac Paca en cliquant sur:
http://www.culture.gouv.fr/paca/dossiers/monuments_commemoratifs/liste.htm
puis sur La Roque d'Anthéron (monument aux morts)

Bravo pour votre oeil qui met le doigt sur la porosité de la cloison séparant médiumnité et symbolisme énervé, si je peux risquer ce pléonasme.

Écrit par : La Gardienne du Temple | 17.07.2012

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