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27.01.2013
De l’art brut parmi les cœurs brisés
Cela devient coton de trouver de l’art brut. Je veux dire du vrai de vrai. De l’art brut qui ignore comment il s’appelle. De l’art brut sauvage, anonyme, ignoré. En marge de cet art brut officiel, répertorié, pré-digéré qu’une synergie internationale de collectors, curators, filmmakers, galerists, art-critics, teachers, art lovers et même bloggers s’emploie à nous faire rentrer dans la boîte avec un ruban par dessus le marché.
Certes, cette Académie est loin d’être mal intentionnée. Elle me fait même penser à cette Ecole du chat libre qui stérilise les vilains matous plutôt que de les euthanasier. Mais cette Académie de l’art brut a beau faire pour épargner à celui-ci les rigueurs de la liberté, elle ne peut parvenir à ce que, dans les jungles policées où se déroulent nos mornes existences, nous ne croisions parfois un petit fauve encore errant, sans puce électronique.
C’est ce qui m’est arrivé cet après-midi au Centquatre et j’en ai eu la chair de poule. J’étais entrée dans ce temple du hip hop, attirée par une exposition du Musée des Cœurs brisés de Zagreb prolongée jusqu’au 6 février 2013.
Il faisait une chaleur à crever dans la noirceur des vastes salles en sous-sol où sur de blancs piédestaux étaient présentés, comme s’il s’agissait de la Vénus de Milo, des objets écrasants de dérisoire : brosse à dents, plaque d’immatriculation, paire de Converse, frisbee, gants, sex-toy, battoir à œuf etc. L’impression d’un vaste foutage de gueule.
«Encore une expo où il y a plus à lire qu’à voir», me dis-je. C’était de ma faute. L’idée m’avait paru bonne : ce dépôt de souvenirs d’amours défuntes.
Mais, mis à part devant la carte postale assortie d’un court témoignage d’une vieille dame arménienne évoquant l’issue tragique d’une demande en mariage contrarié, je ne me sentis guère atteinte par l’émotion.
Les objets étaient banals à pleurer et la plupart du temps on se fichait des commentaires qui les accompagnaient. Soit qu’on ait la flemme d’en prendre connaissance. Soit que leur contenu ne dépassait pas celui des histoires tombées des téléphones portables dans le métro.
Et puis je suis entrée dans l’avant-dernière section et je n’ai plus eu d’yeux que pour elle.
Cette broderie déjantée à la véhémence baroque luttant avec l’effacement des souvenirs comme les personnages du film de Michel Gondry : Eternal sunshine (…).
Ecorchée et lyrique. Filandreuse, couturée, perforée, sanglante.
Superbe de souffrance à vif non de mélancolie caressée. Impressionnant codex dont les pages de grosse toile fripée et cousue pourraient provenir d’un drap d’hôpital.
Waaaah! Du texte évocateur qui l’accompagne, on déduit une histoire d’amour, la folie qui s’insinue, l’errance dans Delhi, la danse avec Shiva.
Et ce mort que l’on supplie de venir hanter les rêves comme dans The Scientist la ballade sirupeuse de Chris Martin du groupe Coldplay. Références bien culturelles mais quel auteur d’art brut aujourd’hui n’en a pas?
L’essentiel étant qu’en matière de solutions plastiques, l’auteur de cette broderie extraordinaire s’avance en solitaire, tous vaisseaux brûlés.
23:55 Publié dans art brut, Expos, Images | Lien permanent | Commentaires (1) |
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21.01.2013
Antonin Artaud passionne le 6e arrondissement
J’allais sauter allégremment par dessus l’annonce de la journée de l’EPhEP parce que les colloques, moi vous savez… mais finalement un petit coup de biniou pour cette Passion Artaud organisée le samedi 9 février 2013 par Esther Tellermann, psychanalyste (lacanienne si je ne m’abuse et poète ce qui ne gâte rien) ne m’a pas paru superflu.
Pourquoi ? Pour deux raisons essentielles. D’abord parce que le chapô en kakémono introductif nous rappelle que «le langage dont l’homme est affecté peut parler tout seul» (et ça j’aime bien, surtout si «l’homme» c’est aussi «la femme» - si, si, elle existe! – parce que l’idée que mon déconophone peut marcher en pilotage automatique me réjouit).
Ensuite parce qu’à 9h45 ce jour là on pourra entendre la retransmission de l’entretien de 1977 entre le poète Mathieu Bénezet et le Docteur Gaston Ferdière et que ça promet.
Les autres parlotes dureront jusqu’à 17h10 avec une pause déjeuner. Seront mélangés des universitaires, des analystes et des écrivains (ce qui est une bonne chose). Je vous laisse consulter le programme, vous êtes assez grands.
Agitez avant de vous en servir. La preuve que c’est sérieux c’est que c’est payant. Même pour les étudiants c’est pas gratuit, seulement moins cher.
Pour ceux qui savent pas quoi c’est l’EP-machin, je traduis en langue vulgaire : un établissement privé d’enseignement supérieur. Ecole Pratique des Hautes Etudes en Psychopathologies c’est son nom.
C’est au Centre Sèvres (chez les Jés.) qu’aura lieu la chose : 35 bis rue de Sèvres dans le 6e arrondissement de Panameu.
23:37 Publié dans Parlotes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : antonin artaud, l’ephep, esther tellermann |
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