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08.02.2009
Lewis for ever

L’art brut est en deuil. Lewis nous a quittés. Pas pour aller faire pipi dans la rue Ronsard. Pour toujours. Ô nuit désatreuse où s’afficha sur mon 24 pouces cette nouvelle étonnante comme un éclat de tonnerre en janvier : Lewis n’est plus, Lewis est mort !
J’avais tellement l’habitude de le chercher des yeux quand je poussais la porte en acier brossé de la Halle Saint-Pierre que je n’imaginais pas que put un jour nous manquer le frou-frou de ses poils follets dans les travées de la librairie ou autour des tables de la cafète.
Trop fier pour servir de poisson-pilote à sa maîtresse qui dirige le musée, Lewis, le nez au sol et les oreilles balayant tout sur son passage, inventait ses parcours personnels au gré des passionnantes effluves abandonnées par les souliers des visiteurs.
Amis chasseurs, bonjour ! La Halle Saint-Pierre était son terrain de chasse et à ce terrain de chasse il donnait tout son cœur de cocker. Lewis, c’était un coussin de fourrure qui vous caressait les tibias à la va-vite. Lewis, c’était une truffe humide qui se posait sur votre main, juste pour vérifier que vous n’apparteniez pas à une espèce puante.
Lewis c’était un pote-à-moi. Le meilleur peut-être que j’ai eu dans le petit landerneau de l’art brut, je m’en aperçois un peu tard. Toujours léger, jamais ronchon, gai, affairé, vif-argent du popotin. Pas rancunier pour deux sous surtout, même quand vous lui montiez par inadvertance sur les papattes les soirs de vernissage.
Pas un chien mais une créature indépendante et sensible qui avait su conquérir sa liberté en dhommestiquant (et en masticant un brin) les drôles de sales bêtes que nous sommes.
Lewis, le voilà cinglant vers les glaciers impavides du territoire des ombres, à la conquête de nouveaux musées d’art brut toujours plus beaux, toujours plus vastes et toujours mieux pourvus en médailles pour décorer la veste de Martine Lusardy.
00:17 Publié dans In memoriam | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : art brut |
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06.02.2009
Prague : Prinzhorn à la cloche de pierre
Evidemment pour Prague, vous repasserez ! Débute en ce moment une exposition de la Collection Prinzhorn à la Stone Bell House (Dům U Kamenného zvonu) mais j’ai loupé le vernissage qui avait lieu jeudi 5 février 2009, Staromestské namesti 13. De toutes façons, je sais pas grand chose. A part le sous-titre : Art brut from the legendary collection of German psychiatrist (art brut z legendarni kolekce nemeckého psychiatra) et que ça va durer jusqu’au 3 mai 2009. Et puis que c’est la Galerie hlavniho mesta Prahy (City Gallery Prague) et l’association abcd qui invitent.
C’est encore le carton qui nous fait les gros yeux qui vous en dira plus. Ce regard est une éclipse dans le vide, avec le soleil noir des pupilles crucifiées ou couronnées d’épines masquant la lumière rayonnante, l’assiette bleue de l’iris flottant dans la mer sanglante du globe, la vague d’écailles reptiliennes des paupières sans cils. Cela ne me regarde pas, ça voit des choses outre moi-même. Bref, ça me met mal à l’aise et pourtant je ne sais m’en déscotcher. C’est un dessin d’August Natterer et il s’intitule : Meine Augen zur Zeit der Erscheinungen. Quelque chose comme : mes yeux en temps d’apparitions.
22:44 Publié dans Ailleurs, Expos | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art brut, august natterer, collection prinzhorn |
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04.02.2009
Colloque, expo, catalogue : une trilogie Bosco
Neige sur Paris. Vent sur Palermo. Poireau à l’aéroport. Je suis restée 13 heures à attendre l’avion du retour devant une pub où -ironie du sort- un hardi pittore rougissait un mur bleu à grand renfort de rouleau.
On aurait dit que la Sicile ne voulait pas me laisser partir et qu’elle s’ingéniait à me faire regretter ce que j’étais venue chercher dans l’île avec mon chéri et les amis : non la barbouille ordinaire mais la peinture, la vraie peinture.
Celle du dottore Giovanni Bosco qui malheureusement n’était pas en condition d’assister à l’hommage qui lui était rendu, samedi dernier, dans sa ville de Castellammare del Golfo.
La grande prêtresse de cette chaleureuse cérémonie était Eva di Stefano et elle a assumé son rôle avec efficacité, bonne humeur, rire généreux et énergie communicative. On lui aurait bien offert un gâteau et chanté l’opéra pour la remercier.
Elle était secondée dans sa tâche par Claudio Colomba et une armée de jeunes zeppistes à coppola fleurie (casquette locale chic) et dread-locks.
Ils grimpaient sur des échelles, portaient des tonnes de cimaises, filmaient des plans d’enfer selon les nécessités de l’organisation, de l’accrochage et de la couverture de l’événement.
A 16 heures tout était prêt. Il ne restait plus aux oratrices et orateurs qu’à escalader la tribune de l’ancien cinéma où se tenait le colloque.
Heureusement que 150 personnes étaient là, debout dans les allées, occupant tous les fauteuils, ça réchauffait l’atmosphère de ce janvier frigo et riche en intempéries, même ici.
Ces quelques photos pour vous donner une idée de l’ambiance.
Si ça vous suffit pas, allez sur le documentaire de Salvatore Tartamella où vous cueillerez au vol un morceau de l’allocution de Lucienne Peiry, la directrice de la Collection de l’art brut et l’interview du signor Carlo Navarra, adjoint au maire.
Cliquer sur l'image
Votre petite âme errante étant trop timide pour parler, elle a délégué 2 membres de son «collectif» (et oui, je suis un collectif maintenant !) : l’Auguste Jean-Louis Lanoux qui a fait rire la salle avec son italien de pacotille et, dans le rôle beaucoup plus noble du clown blanc, l’indispensable Michel Scognamillo qui l’a tenue sous le charme de son verbe.
Pour que «Michele» (en italien) me pardonne ces douteuses plaisanteries, je vous scanne ici le beau texte qu’il a donné pour le catalogue sorti pour l’occasion.
La place manque pour célébrer la qualité du contenu de ce bouquin où l’on retrouve les contributions d’Eva, de Lucienne et de Teresa (Maranzano) mais il y a là-dedans quelques nouveaux clichés zeppistes, je vous dis que ça! J’en pique pas trop pour vous donner envie de vous le procurer.
Et je vous emmène toute de suite faire «un giro» (un tour) dans l’expo de dessins de Giovanni qui se tenait dans une église déconsacrée voisine.
Le spectacle, bien entendu, était aussi, était toujours, dans la rue. J’ai retrouvé un peu pâlies les fresques que j’avais vues en mai 2008.
J’ai découvert de nouveaux dessins sous les palétuviers ou sur les murs du jardin public.
En arrivant à Paris un peu hébétée de fatigue, je cherchais machinalement des Bosco partout sur les platanes et dans les rues.
23:55 Publié dans Ecrans, Ecrits, Expos, Lectures, Parlotes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : giovanni bosco, art brut, castellammare del golfo |
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