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23.04.2006

L'art brut c'est du sport!

«Escalade» et «Peloton».
A relire vos récents commentaires, dirait-on pas que vous êtes cultivées en sport, mes chères lectrices ?
Le 5 avril, je trouve le premier mot sous la plume de madame Steiner (Le plancher de Jeannot) et le second, le 8 du même mois, dans la prose musclée de la petite Annie (Actualité de L’Aracine).
Comme la première n’est visiblement pas une spécialiste de l’alpinisme, la seconde ne me paraît guère non plus une habituée du Tour de France. J’en conclus donc que ces termes sont utilisés pour faire image et les images invitent à la rêverie comme dirait mon vieux tonton Bachelard, Gaston de son prénom. Aussi j’hésite pas à vous faire part de ce qu’elles m’inspirent.
«Escalade», bien sûr, c’est le bon air pur des cimes générateur de pensées du jour. Alors votre petite âme errante fait sienne la maxime suivante piquée à Béatrice S.
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L’ART BRUT EST UN ORPHELIN QUI SE PASSE TRÈS BIEN DE PARENTS ADOPTIFS.a
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medium_martino_jaze.2.gif«Peloton», par contre, ça me rappelle la chanson de Monsieur Martino entendue sur le blogue Foire à tout. Intitulée Mon Jalabert, elle célèbre les mollets triomphants du champion Laurent Jalabert, dans un style que certaines trouveront kitsch mais qui n’est peut-être pas loin de ce que pourrait être une musique brute.
 
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17:00 Publié dans De vous zamoi, Ogni pensiero vola, Zizique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : art brut | |  Imprimer | | Pin it! |

22.04.2006

«Ferdière, psychiatre d’Antonin Artaud»

«Tout sur le personnage». Si le titre n’était déjà pris, on pourrait l’utiliser pour le petit bouquin d’Emmanuel Venet paru cette année aux Editions Verdier : Ferdière, psychiatre d’Antonin Artaud. Gaston Ferdière, on a trop souvent l’habitude de voir son cas assassiné en deux ou trois coups de cuillers à pot. Des gens qui l’ont connu ni d’Eve ni d’Adam, qui croient tatie Thévenin comme la foudre ou qui préfèrent oublier que Ferdière a gagné son procès en diffamation contre les lettristes colportent toujours à son sujet la même légende crade. Il aurait ratatiné Artaud par ses électrochocs, quand il est patent qu’il l’a sauvé de la famine imposée par les nazis aux malheureux zinzins des asiles et qu’il a su, grosso modo, le remettre à son boulot d’écrivain. Pour autant, le personnage est complexe, l’homme irritant et provocateur, imprudent parfois. Ferdière attire et déçoit. On reste sur sa faim quand on tombe sur ses articles -toujours un peu bâclés– sur l’art des schizos. Et le découragement nous prend si on croise ses poésies ou ses mémoires (Les mauvaises fréquentations, 1978). On se dit qu’il faudrait une grosse bio des familles pour cerner un gaillard aux facettes si contradictoires. Et bien, faut croire que non. Lisez les 43 pages du texte de Venet. Ce psychiatre lyonnais a réussi à rendre compte de la nature profondément paradoxale du turbulent, brouillon et en définitive looser Gaston Ferdière. C’est le miracle de l’écriture, ça s’explique pas. Emmanuel Venet domine son sujet, caracole sur sa documentation, feinte, esquive et synthétise. Au bout du compte un portrait équilibré qui éclaire aussi le rôle dissolvant d’Artaud. On croise aussi Dubuffet et Raphaël Lonné que Ferdière encouragea. 5,50 € et l’assurance de comprendre un peu mieux un homme-caméléon d’une époque charnière.

23:55 Publié dans Lectures, VU SUR ANIMULA | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : gaston ferdière | |  Imprimer | | Pin it! |

19.04.2006

Gaston Chaissac, homme de lettres

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L’inconvénient dans le métro de Berlin, c’est qu’il n’y a pas d’pub. J’aime bien la pub, les tags à force ça fait triste sur les murs nus. Et puis la pub des fois ça donne des infos. C’est ainsi que j’ai découvert ce soir à la station Rue du Bac qu’il y avait une nouvelle expo au musée de la Poste, rue de Vaugirard. Et c’est… devinez quoi… Gaston Chaissac, homme de lettres. Chaissac Gaston, «der Picasso in Holszschuhen», «le Picasso en sabots» comme l’appelle un vieux numéro de juin 1996 du magazine Art, das Kunstmagazin déniché dans une bouquinerie de la Bergmannstrasse (métro Platz der Luftbrücke) et pas oublié dans l’avion, un pauvre petit Canadair miteux entre parenthèses.
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L’expo Chaissac, homme de lettres, je ne l’ai pas vue et je ne peux pas vous en dire grand chose mais de toutes les façons ça promet : 200 œuvres, peintures, dessins, collages, documents et lettres du «Morvandiau en blouse boquine» (Gastounet avait pas peur des pseudos) et de ses correspondants choisis dans le Bottin ou parmi le Gotha des écrivains et artistes qui s’intéressaient à son œuvre. Peut-être bien qu’aujourd’hui, s’il était encore de ce monde, le petit «cordonnier in partibus» s’exprimerait sur son hippoblogue. Comme vous voyez, je n’ai rien à vous dire, mais au moins je suis la première à vous l’annoncer.



00:10 Publié dans Expos, Gazettes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Gaston Chaissac | |  Imprimer | | Pin it! |

18.04.2006

Robert Walser, les ours et moi

medium_ours_karl_marx.jpgQue vous dire d’autre avant de retourner à nos moutons parisiens ?
Que Berlin est une ville de gros nounours en résine, évocateurs de son blason.
On va de l’ours bleu d’Unter den Linden à l’ours multicolore de Karl Marx Allee en passant par le brun de Friedrich Strasse. Quand arrive le plantigrade de la rue Leipzig, on sait qu’on va pouvoir ôter son collant dont la couture vous fait des ampoules parce que Checkpoint Charlie n’est pas loin et l’hôtel non plus. C’est le moment de se reposer dans la chambre siebenhundertachtzehn avec son chéri. Celui-ci ne tarde pas à ronfler, épuisé par la visite des 4 musées ethnographiques de Dahlen où il a rencontré force «épouvantails» de Nouvelle-Guinée.

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Le nez dans son guide de voyage, il rêve qu’il ascensionne la Kastanienallee dont les habitants ont les cheveux rouges et du percing plein leurs sourires. L’onirisme aidant, il se trouve au 12, dans la galerie Kurt im Hirsch. Il y feuillette Nuevo Rodeo, l’album de Léo Quièvreux publié par Le Dernier Cri.
Il y découvre le petit cow-boy emprunté à Martin Ramirez.
Votre petite âme errante, quant à elle, se plonge dans la lecture des proses brèves de Robert Walser, ce Suisse errant qui vécut un temps à Berlin. Dans le recueil intitulé Retour dans la neige publié aux Editions Zoé en 1999, émotion de lire ce Château Sutz étrangement prémonitoire. On sait que Walzer fut interné en 1929 à la Waldau de Berne où il croisa Adolf Wölfli. Château Sutz passe pour une fiction à caractère utopique. Ce texte décrit l’existence de prisonniers d’une institution maternante qui, sous le couvert d’une pseudo-liberté, les décharge et les prive de toute véritable initiative. Métaphore de nos contemporaines démocraties, il anticipe aussi véritablement sur le destin personnel de Robert Walser. Parmi les pensionnaires de ce château aussi implacable dans son genre que celui de Kafka, «
un communiste (…) qui ne se préoccupait plus d’améliorer le monde, il écrivait des vers et avait le bon goût de le faire comme quelqu’un qui établit des factures, c’est à dire très simplement.»

00:05 Publié dans Ailleurs, Lectures, Oniric Rubric, Vagabondages | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : robert walser | |  Imprimer | | Pin it! |

17.04.2006

Berlin : Von Mäusen und Menschen

Curieuses comme je vous connais, vous vous demandez ce que votre petite âme errante est allée faire à Berlin, mes chères petites animuliennes. Pas me goinfrer de bière au sirop de framboise, figurez-vous, ni avaler des mètres de saucisses. J’en ai profité pour rattraper l’expo Mélancolie que j’avais loupé le 11 janvier à Paris (il pleuvait trop). Je voulais voir La fillette à l’oiseau mort, cette icône de l’ambivalence, dont vous auriez pu entendre le commentaire sonore de Vincent Gille chez Lunettes Rouges si vous étiez allées de temps en temps sur ce blogue artistique comme je me tue à vous le conseiller. A part ça, c’est à la Biennale , intitulée cette année Von Mäusen und Menschen que j’étais invitée par mon ami Andreas et je suis restée sage devant les Apfelstrudel de la rue August où elle se tient. Principalement au KW Institute for Contemporary Art (immense salle placardée de photos avec un groupe de 3 personnages au centre) et, en face, dans une école délabrée de la R.D.A. qui, avant 1933, était un établissement pour jeunes filles juives. Plusieurs vidéos là, parmi lesquelles celle de Nathalie Djurberg avec ses figurines en pâte à modeler où un tigre naïvement lubrique lèche le derrière d’une petite poupée.
Rien de bien brut, comme vous pouvez le constater.
Tout de même en fouinant un peu dans ce quartier de squatts et de galeries alternatives, j’ai découvert dans une suite de cours intérieures (Hechmann Höfe) qui débouche sur la rue Oranienburger, à côté de la grande synagogue au dôme doré (Centrum judaïcum), une construction éphémère, sauvage et fragile. Elle témoigne de cette architecture spontanée qui tend à se superposer à une architecture contemporaine aux prétentions hégémoniques et à la modifier.

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Souvenir ou dérision du passé, c’est une sorte de belvédère-mirador sur piliers de gros bambous et tubes d’échafaudage.

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Incrusté dans le coin formé par un petit mur de séparation, il invite au repos-perché derrière un sale mais délicat voile transparent, genre moustiquaire ou dentelle de mariée.

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20:50 Publié dans Ailleurs, Expos | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer | | Pin it! |

Epouvantails en série

Hitchcock l’avait bien vu : les oiseaux sont partout et grippe avaire ou pas il est difficile de les tenir à distance. La fille de mon amie Reinette, qui rêvassait dernièrement dans la bibliothèque des Arts et Traditions Populaires, a eu la surprise de voir atterrir un canard sur le toit voisin. Aucun canard sauvage chez les antiquaires de Berlin par contre. Moi qui voulait en rapporter un en porcelaine pour la collec de monsieur Ducorps, mon kiné, j’ai dû me contenter d’une boule avec de la neige et un morceau du Mur dedans. Tout de même, le hasard (objectif comme de juste) fait bien les choses. Au moment où Michel Valière et l’Infatigable s’adonnaient à un docte ping-pong au sujet des épouvantails (voir leurs échanges à la suite de la note Esprit de la forêt), votre petite âme errante découvrait sur un Flohmarkt (marché aux puces) du quartier Kreuzberg les photos de Gerhard Trumler, «bekannter österreichischer Photograph» contenues dans un album de 1984 paru chez Christian Brandstätter à Munich. Vogeslscheuchen que s’intitule ce bouquin qui contient 46 portraits en couleurs d’épouvantails pure laine qui rivalisent d’astuces et de matériaux, les oiseaux allemands n’étant pas plus cons que les autres.

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Comme les livres sur les vrais épouvantails ne courent pas les bibliothèques, même celles des distingués ethnologues et des enragés coureurs de tous bouts de champs, votre petite âme errante ne résiste pas au plaisir de vous faire miroiter celui-là.

17:35 Publié dans Glanures, Images | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer | | Pin it! |